Arithmétique de Heyting

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L'arithmétique de Heyting est une axiomatisation de l'arithmétique dans le cadre de la logique intutionniste. Elle a été développée à l'origine par Arend Heyting.

Définition

L'arithmétique de Heyting[1] est une théorie du premier ordre égalitaire sur la signature {0,S,+,×,}, dont les axiomes sont les axiomes de Peano, close par déduction logique pour le calcul des prédicats intuitionniste[2], tandis que l'arithmétique de Peano est close par déduction logique pour le calcul des prédicats classique. Certains auteurs[3]Modèle:,[4] étendent le langage de l'arithmétique avec des symboles de fonctions pour chaque fonction primitive récursive.

En particulier, dans l'arithmétique de Heyting, si P est une formule quelconque, P¬P n'est pas nécessairement démontrable.

On note 𝐇𝐀P pour dire que l'arithmétique de Heyting démontre la proposition P, et 𝐏𝐀P pour dire que l'arithmétique de Peano démontre P.

Propriétés logiques

Certains principes logiques valides en logique classique ne sont pas valides en logique intuitionniste. En effet, de manière générale, P¬P, ou ¬¬PP ou nP¬n¬P sont démontrables en logique classique mais pas en logique intuitionniste. Néanmoins, pour certaines formules en particulier, ces principes peuvent être vrais.

Décidabilité et tiers exclu

Une formule P est dite décidable si Modèle:Centrer

Cette définition correspond à la notion de décidabilité algorithmique du problème « P est-elle logiquement décidable par 𝐇𝐀 ? ». En effet, dans la correspondance de Curry-Howard, une démonstration de 𝐇𝐀P¬P correspond à un programme qui produit soit une démonstration de P, soit une démonstration de ¬P.

Il ne faut pas confondre cette notion avec celle de décidabilité logique par 𝐇𝐀 elle-même, qui caractérise les propositions P telles que 𝐇𝐀P ou 𝐇𝐀¬P indépendamment de la décidabilité algorithmique ou non de cette question.

En logique classique, toutes les formules sont décidables : c'est le tiers exclu. L'arithmétique de Heyting démontre que l'égalité est décidable : 𝐇𝐀xy(x=yxy), ainsi que l'ordre : 𝐇𝐀xy(xyx≰y) (sachant que comme en logique classique, en logique intuitionniste on a équivalence entre une formule et sa Modèle:Lien, ces assertions en sont bien de décidabilité suivant la définition donnée ci-dessus, les quantifications universelles n’y étant qu’accessoires à équivalence près). De plus l'arithmétique de Heyting vérifie le principe de trichotomie : 𝐇𝐀xy(x<yx=yx>y). On peut montrer que si P est une formule Δ00, P est décidable.

Élimination de la double négation

En logique classique, on a P¬¬P, tandis qu'en logique intuitionniste, seule la version plus faible P¬¬P est vraie en général. Néanmoins, certaines classes de formules P présentent aussi la propriété 𝐇𝐀¬¬PP. C'est en particulier le cas pour les formules décidables et pour les formules de Harrop[5].

On peut également formuler une réciproque faible de l'élimination de la double négation pour les formules Σ10. Le principe de Markov énonce que si ¬¬nP est démontrable, alors nP aussi. C'est un résultat plus faible que la démontrabilité de ¬¬nPnP. Ce principe est admissible[3] pour un certain nombre de classes de formules P :

Liens avec l'arithmétique de Peano

Les règles de déduction de la logique intuitionniste étant valides en logique classique, tout théorème de l'arithmétique de Heyting est aussi un théorème de l'arithmétique de Peano : si 𝐇𝐀P alors 𝐏𝐀P. On peut formuler plusieurs réciproques partielles de ce théorème.

Traduction par double négation et équicohérence

Article détaillé : Modèle:Lien

Kurt Gödel et Gerhard Gentzen ont proposé la traduction[3] suivante P d'une formule P :

  • = .
  • P=¬¬P si P est atomique.
  • (PQ)=PQ.
  • (PQ)=PQ.
  • (PQ)=¬¬(PQ).
  • (nP)=nP.
  • (nP)=¬¬nP.

Cette traduction possède les propriétés suivantes :

  • Si 𝐏𝐀P alors 𝐇𝐀P. En particulier si P ne contient ni disjonction ni quantificateur existentiel, 𝐏𝐀P𝐇𝐀P.
  • 𝐏𝐀PP.
  • 𝐇𝐀¬¬PP.
  • 𝐇𝐀(P)P.

On peut aussi montrer que si P est une formule Δ00, 𝐇𝐀PP.

Cette traduction a notamment permis à Gödel[6] de montrer l'équicohérence de 𝐏𝐀 et 𝐇𝐀 : si 𝐏𝐀 alors 𝐇𝐀, or = donc 𝐇𝐀.

Conservativité

En utilisant à la fois la traduction par double-négation, le principe de Markov pour les formules Δ00 et le fait qu'une formule Δ00 est équivalente à sa traduction par double-négation, on peut montrer que l'arithmétique de Peano est conservative[3] par rapport à l'arithmétique de Heyting pour les formules Π20 : si P est une formule Π20, alors Modèle:Centrer

Ce résultat implique notamment que si l'arithmétique de Peano démontre qu'une machine de Turing fixée s'arrête quelle que soit son entrée, c'est-à-dire si elle représente une fonction récursive totale, alors l'arithmétique de Heyting le démontre également, puisque si e est un codage de Gödel d'une machine de Turing M, le fait que cette machine s'arrête quelle que soit son entrée est la formule Π02 suivante : itT(e,i,t), où T désigne le prédicat T de Kleene[7].

Propositions indépendantes

Une proposition P est dite indépendante d'une théorie si cette théorie ne démontre ni P, ni sa négation ¬P. Toute proposition indépendante de 𝐏𝐀 est aussi indépendante de 𝐇𝐀, mais certaines propositions démontrées par 𝐏𝐀 sont indépendantes de 𝐇𝐀. Étant donné qu'une théorie incohérente démontre toutes les propositions, toute cette section supposera la cohérence de 𝐇𝐀.

Propositions indépendantes de PA

Une proposition indépendante de 𝐏𝐀 est aussi indépendante de 𝐇𝐀, puisqu'une preuve de P ou ¬P dans 𝐇𝐀 serait aussi valide dans 𝐏𝐀. Voici plusieurs propositions indépendantes de 𝐏𝐀 :

De manière plus générale, on peut montre que si 𝐇𝐀⊬P et 𝐏𝐀P, ou si 𝐇𝐀⊬¬P et 𝐏𝐀¬P, alors P est indépendante de 𝐇𝐀.

Principe de disjonction

L'arithmétique de Heyting vérifie le principe de disjonction DP[4]Modèle:,[8]. Si P et Q sont des propositions closes (sans variables libres) : Modèle:Centrer

Ce principe est vrai pour la logique intuitionniste propositionnel et est qualifié comme étant une bonne propriété pour les théories intuitionnistes. On en déduit que pour tout formule P, P est indépendante de 𝐇𝐀 si et seulement si P¬P l'est. Une telle proposition P fournit ainsi un exemple de propositions pour laquelle le tiers exclu est invalide.

De plus, si P est indépendante de 𝐏𝐀, alors ¬P est aussi indépendante de 𝐏𝐀 donc de 𝐇𝐀, y compris si P et ¬¬P ne sont pas équivalentes dans 𝐇𝐀. Ceci permet également de conclure que le principe du tiers exclu faible est faux dans 𝐇𝐀. Ce principe énonce que pour toute proposition P, 𝐇𝐀¬P¬¬P. En revanche, si P n'est indépendante que de 𝐇𝐀, alors ¬P n'est pas nécessairement indépendante de 𝐇𝐀. Par exemple, si Q est indépendante de 𝐇𝐀, P=Q¬Q est indépendante de 𝐇𝐀 mais pas ¬(Q¬Q) puisque 𝐇𝐀¬¬(Q¬Q).

L'arithmétique de Peano ne vérifie pas le principe de disjonction. Si P est une propriété indépendante de 𝐏𝐀, par définition 𝐏𝐀⊬P et 𝐏𝐀⊬¬P mais 𝐏𝐀P¬P puisque l'arithmétique de Peano utilise la logique classique.

Si T est une théorie récursivement axiomatisable contenant l'arithmétique de Heyting, alors T peut exprimer qu'une formule est prouvable dans T grâce à un codage de Gödel. Si on note P la proposition énoncant la démontrabilité de P, si T prouve qu'elle respecte le principe de disjonction, alors T prouve qu'elle est incohérente[9], c'est-à-dire que si T(PQ)PQ pour tout P et Q alors T. De plus si T respecte le principe de disjonction, alors T est incohérente. Notons que de manière générale, une théorie cohérente peut prouver qu'elle est incohérente. En particulier, 𝐇𝐀 ne prouve pas qu'elle respecte le principe de disjonction.

Principe du minimum

Dans l'arithmétique de Peano, un ensemble définissable P ayant au moins un élément possède un plus petit élément : Modèle:Centrer La formule P[x:=y] représente la formule P dans laquelle on a substitué y à la variable x. Notons ce principe MinP.

Ce principe n'est pas vrai[10] en général dans l'arithmétique de Heyting. En effet, considérons une formule P dans le langage de l'arithmétique, et posons QP=P0<x, avec x qui n'est pas libre dans P. L'arithmétique de Heyting montre que QP est vraie pour x=1, donc 𝐇𝐀xQP. Supposons que le principe du minimum soit vrai pour QP. Alors l'arithmétique de Heyting démontre l'existence d'un élément minimal x qui vérifie QP. Or 𝐇𝐀QP[x:=0]P et 𝐇𝐀 démontre aussi qu'un x minimal qui vérifie QP vaut soit 0 soit 1. Donc 𝐇𝐀QP[x:=0](QP[x:=1]¬QP[x:=0]), soit 𝐇𝐀P¬P. Or il existe des propositions P telles que 𝐇𝐀⊬P¬P : ce sont exactement les propositions indépendantes de 𝐇𝐀. Pour celles-ci, 𝐇𝐀⊬MinP, et MinP est indépendante de 𝐇𝐀.

Ce qui précède implique l'ordre < n'est pas bien fondé dans 𝐇𝐀. Néanmoins, le principe de récurrence forte reste valide : Modèle:Centrer

Pour le montrer, on applique le principe de récurrence usuelle à la formule (k<n)P[x:=k] et à la variable n.

De plus, en utilisant la traduction par double négation, on peut montrer qu'une version plus faible de la propriété du plus petit élément est valide : Modèle:Centrer

Notes et références

Modèle:Traduction/Référence Modèle:Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Modèle:Portail