Grand hiver de 1709

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Le Lagon gelé en 1709, par Gabriele Bella, une partie de la lagune gela en 1709 à Venise.

L'hiver de 1709, appelé grand hiver de 1709, est un épisode de froid intense en Europe qui marqua durablement les esprits car il provoqua une crise de subsistance qui entraîna une famine. Cet épisode commença brutalement le jour de l'Épiphanie 1709, par une soudaine vague de froid qui frappa l'Europe entière.

En France cet hiver fut particulièrement cruel. À Paris, les températures furent très basses (Paris n'en connaîtrait de plus basses que bien plus tard notamment en Modèle:Date-). Les régions du Sud et de l'Ouest de la France furent sévèrement touchées avec la destruction quasi complète des oliveraies et de très gros dégâts dans les vergers. De plus, l'événement prit la forme de vagues de froid successives entrecoupées de redoux significatifs. Ainsi, en février, un redoux de deux semaines fut suivi d'un froid assez vif qui détruisit les blés et provoqua une crise frumentaire.

Certaines chroniques sont sujettes à caution, car il est parfois affirmé que le gel fut continu pendant plus d'un mois, ce qui est inexact car survinrent aussi des dégels prononcés et des pluies importantes. Les observations précises de Louis Morin de Saint-Victor confirment que le froid ne fut pas continu. Globalement, l'année entière 1709 fut fraîche, certains auteurs allant jusqu'à affirmer qu'il gela tous les mois de l'année. Certains hivers postérieurs furent encore plus rigoureux mais ne marquèrent pas autant les esprits car les conditions historiques étaient différentes.

Conditions météorologiques

Le tableau de Pieter Brueghel l'Ancien intitulé Chasseurs dans la neige (1565) représente une vague de froid intense où toute la nature est gelée.

Conditions générales en Europe

L'hiver 1708-1709 en France fut extrêmement irrégulier. Des périodes de froid intense et de douceur se succédèrent[1]Modèle:,[Note 1]. Décembre 1708 fut doux et pluvieux. En janvier 1709, il y eut une période de froid intense du 6 au Modèle:Date-, qui fut suivie d'un redoux brutal. Début février, la température retomba brièvement, suivie d'un nouveau redoux, puis la température rechuta brutalement à la fin du mois.

Les conditions météorologiques en Europe de l'Ouest furent tout aussi inhabituelles car plusieurs tempêtes de vents d'ouest et de vent du sud[3] se produisirent ; nonobstant la présence de temps à autre d'un temps glacial. Normalement, les tempêtes apportent un temps doux, d'où l'étrangeté du phénomène[3]. Des éruptions volcaniques en 1707 et 1708 (le mont Fuji et le Vésuve)[3], qui produisirent un voile de cendres dans la stratosphère, pourraient expliquer cet hiver rigoureux (hiver volcanique) en 1709. Globalement, les températures moyennes en Europe furent inférieures de Modèle:Tmp aux moyennes du Modèle:S-[3].

Relevés de Louis Morin à Paris en 1709.

Conditions météorologiques dans le Sud de la France

Grande douceur suivie d'un froid vif

Dans la période précédant le grand froid de Modèle:Date-, les conditions avaient été extrêmement clémentes avec de très nombreuses pluies[4]Modèle:,[5]. Dans le Sud de la France, la végétation avait commencé à redémarrer et la sève à monter[6]. Vérifiant le dicton Modèle:Citation[7], les températures très douces de début janvier suivies d'une grosse vague de froid eurent des conséquences désastreuses pour les cultures.

Il semblerait qu'un front froid de retour ait balayé le royaume de France, se manifestant par la présence de stratocumulus accompagnés de faibles chutes de neige et les températures chutèrent de manière rapide le jour de l'Épiphanie (en moins de 24 heures). Un tel phénomène est souvent suivi par un blocage d'air froid[8].

Ainsi, nonobstant la douceur précédente, le Rhône commença à geler la nuit suivante aux environs d'Avignon[9]. À Marseille, le Modèle:Date-, la température chuta de plus de 19 degrés Celsius, passant de Modèle:Unité à Modèle:Unité[10]. Le Vieux-Port fut pris par les glaces[10]Modèle:,[Note 2].

Le Modèle:Date-, il fit Modèle:Unité[12] à Montpellier et Modèle:Unité à Marseille, minimum remarquable maintenu jusqu'au Modèle:Date- à Marseille[13]. François Arago note que le pic de froid eut lieu deux jours plus tôt à Montpellier qu'à Paris[12] et que tous les fleuves du Midi furent gelés, alors que la Seine ne gela jamais complètement[12].

Il est mentionné que la plupart des oliviers dans la région de Grasse gelèrent complètement, et durent être coupés au pied. Les oliviers, réputés être des arbres solides, recommencèrent à pousser à partir du pied en donnant des rejetons. Lorsque la repousse fut suffisamment avancée, il fallut élaguer les rejetons et attendre que les arbres produisissent à nouveau des olives[14]. Les orangers de la région de Grasse[Note 3] subirent également le gel[15]. En limite de la zone de culture de l'olivier à Mas-Cabardès dans la montagne Noire, tous les oliviers furent détruits et durent être remplacés[16].

Comptes rendus des contemporains

Le jour de l'Épiphanie 1709 fut marqué par une chute très brutale de la température dans le Sud de la France. Le matin était ensoleillé et agréable puis subitement dans l'après midi le temps se couvrit et un froid mordant prit place. Ainsi Pierre Billion à Avignon note : Modèle:Citation bloc

Le livre de raison de la famille Paris d'Arles affirme que[9] : Modèle:Citation bloc

Le Modèle:Date- lors de la vague de froid de Modèle:Date-, Le Petit Marseillais rappelle les affres de l'hiver 1709. Il écrit[6]Modèle:,[Note 4] : Modèle:Citation bloc

De même, le père Giraud à Marseille relève que : Modèle:Citation bloc

Ainsi, le Rhône gela dans la nuit du 6 au Modèle:Date-. À Mâcon, un phénomène similaire se produisit sur la Saône. Ainsi, Bénet écrivit que[18] : Modèle:Citation bloc

Conditions météorologiques en Aquitaine

L'hiver 1709 fut rigoureux. La vague de froid dura du 6 au Modèle:Date- suivie d'un redoux temporaire le Modèle:Date-. Il neigea abondamment les nuits du 8 au Modèle:Date- et du 9 au Modèle:Date-. Bordeaux aurait eu chaque matin des températures inférieures à Modèle:Unité jusqu'au Modèle:Date-. Les minima absolus auraient été de Modèle:Unité le Modèle:Date- et Modèle:Unité le Modèle:Date-. Un redoux se produisit le Modèle:Date- où la température ne fut plus que Modèle:Unité[19]. Février fut relativement doux ; cependant, un bref retour du froid se produisit le Modèle:Date- avec un minimum de « seulement » Modèle:Unité.

La Garonne fut complètement prise à Bordeaux et il était possible de la traverser à cheval. À Lectoure, l'eau gela à l'intérieur des maisons près des cheminées où des grands feux étaient allumés. Le vin gela aussi dans les barriques. Même l'urine (tiède) gelait immédiatement après miction. Des forêts entières furent dévastées, les chênes se fendirent dans toute la longueur, les châtaigneraies du Périgord furent dévastées ainsi que les vergers de pruniers dans l'Agenais[19]Modèle:,[20].

En Charente, l'hiver 1709 fut aussi remarquable. Il neigea abondamment sans interruption du 9 au Modèle:Date-. L'accès aux maisons était bloqué. Des congères ayant la hauteur des maisons s'étaient formées[20]. Tout gela, y compris l'urine dans les pots de chambre[Note 5], le vin dans les barriques[Note 6] et même la vapeur dégagée par la respiration. On ne pouvait plus couper le pain gelé[20].

Comptes rendus d'époque

Léonard Blanchier qui était maître-chirurgien à Bouex décrivit les conditions météorologiques en Modèle:Date-. Il affirma[20] : Modèle:Citation bloc

Il expliqua aussi que les arbres éclataient bruyamment et écrivit[20] : Modèle:Citation bloc

Conditions météorologiques dans le Nord du royaume de France

Relevés à Paris[25]

Durant le mois de Modèle:Date-, la température moyenne à Paris fut de Modèle:Unité, soit inférieure de Modèle:Unité à la température moyenne du Modèle:S qui était de Modèle:Unité[26].

Des relevés de température journaliers furent effectués par Louis Morin de Saint-Victor qui fut académicien et par Philippe de La Hire à l'Observatoire de Paris. Les mesures brutes de température étaient discutables car les thermomètres étaient accrochés le long des façades. Ainsi, il fallut recalibrer les mesures effectuées à l'époque. Le gel dura du Modèle:Date- au Modèle:Date- lorsqu'un front chaud atteignit la région et la température redevint positive le Modèle:Date- où il fit Modèle:Unité. Le jour de l'Épiphanie, le froid s'installa et du 10 au Modèle:Date-, les minima étaient toujours inférieurs à Modèle:Unité sauf le Modèle:Date- où le minimum ne fut que de Modèle:Unité. Des pointes de froid inférieures à Modèle:Unité eurent lieu les 13, 14 et Modèle:Date-. Le vent dominant était de sud-sud-est. Il neigea les 8, 11, 12, 14, 15, et Modèle:Date-, ce qui protégea les semences. Le Modèle:Date-, il se mit à pleuvoir et le redoux perdura jusqu'à début février. Un froid modéré se réinstalla entre le 4 et Modèle:Date- avec des minima de l'ordre de Modèle:Unité. Un très net redoux reprit avec des maxima de l'ordre de Modèle:Unité. Un froid assez vif se réinstalla entre le Modèle:Date- et le Modèle:Date- avec des minima à Modèle:Unité[27]. Cela eut pour conséquence d'endommager la végétation qui avait commencé à redémarrer[Note 7].

D'après François Arago qui reprit les mesures de La Hire, la matinée du Modèle:Date- fut froide avec Modèle:Unité, celle du Modèle:Date- connut un minimum de seulement Modèle:Unité puis un net refroidissement se produisit le Modèle:Date- au matin avec Modèle:Unité. Le Modèle:Date-, la température s'effondra à Modèle:Unité puis les 13 et Modèle:Date- il fit respectivement Modèle:Unité et Modèle:Unité[12]. Curieusement, la Seine ne gela jamais complètement[12].

Comptes rendus d'époque

Le curé d'Aubergenville indique sur le registre paroissial de la fin de l'année 1709 :

Modèle:Citation[30]Modèle:,[31]

Conditions en Normandie

Le curé de Feings écrivit dans le registre de sa paroisse[32] : Modèle:Citation bloc

La chute de neige a été limitée (Modèle:Unité) et il semblerait qu'elle eût été engendrée par des stratocumulus car elle était « fort fine ».

À Dieppe où les chutes de neige sont rares, il tomba dans la nuit du 2 au Modèle:Date- d'incroyables quantités de neige. Dans les rues, la neige atteignait près de Modèle:Unité de hauteur et en ouvrant les portes des maisons, on se retrouvait avec un mur de neige. Ainsi, il fut rapporté que :Modèle:Citation bloc

L'orage de neige fut confirmé par Legrelle[33] qui affirma que : Modèle:Citation bloc

En outre, Legrelle affirma que[33] : Modèle:Citation bloc

L'auteur affirma que durant toute la période : « La température se maintint à quinze degrés Réaumur au-dessous de zéro. » Sachant qu'un degré Réaumur vaut 54 degrés Celsius, la température s'est donc maintenue aux environs de Modèle:Tmp. Ceci correspondrait à des conditions nettement plus froides que celles décrites par Louis Morin.

Conditions ailleurs en Europe

Déficit de température durant l'hiver 1708/1709[34].

Le Royaume-Uni fut frappé par de grosses chutes de neige qui restèrent au sol plusieurs semaines[35]. Le plus grand froid observé à Londres fut Modèle:Unité au collège de Gresham le Modèle:Date-[32]. L'Irlande et l'Écosse furent quelque peu épargnées. La partie sud de la mer du Nord était impraticable et, dans sa limite nord-est, il était possible de traverser à pied entre le Danemark et la Suède[35].

À Berlin, François Arago rapporte indirectement que la température enregistrée la plus basse fut Modèle:Unité les 9 et Modèle:Date- (d'après van Swinden)[32]. En fait, il semblerait que le thermomètre fût descendu jusqu'à Modèle:Unité le Modèle:Date-[36]. Le Modèle:Date-, il fit encore Modèle:Unité à Berlin[36].

Été 1709

Certains sites affirment que durant tous les mois il y eut une gelée[13]. Les relevés de Paris ne corroborent pas cette affirmation[37]. En effet, le minimum à Paris Modèle:Pas clair fut Modèle:Unité ce qui indique une nuit assez chaude. Le maximum fut Modèle:Unité ce qui indique une journée assez plaisante à Paris. Cependant, le minimum à Paris le Modèle:Date- fut Modèle:Unité (parc de Montsouris) ce qui rend possible une température de Modèle:Unité dans la campagne et il est alors fort plausible qu'il y eût une gelée blanche aux environs de Trèves sachant qu'en général le sol peut geler lorsque la température sous abri à Modèle:Unité du sol est inférieure à Modèle:Unité[Note 8].

Comparaison avec d'autres hivers rigoureux

Le mois de décembre 1879 à Paris eut des minima inférieurs à ceux de 1709 sans pour autant avoir d'effets aussi dramatiques. En effet, la température moyenne de Modèle:Date- fut de Modèle:Unité, soit Modèle:Unité inférieur à celle de Modèle:Date-. La température la plus basse mesurée au parc de Montsouris fut de Modèle:Unité le Modèle:Date-[27].

L'hiver 1956 fut aussi exceptionnel de par sa durée et son intensité. Il a de nombreuses similarités avec le mois de Modèle:Date-. Le mois de Modèle:Date- fut très doux et la végétation redémarra. Le froid vif qui s'ensuivit fit de lourds dégâts ; à nouveau, les troncs des oliviers éclatèrent et durent être coupés au pied pour qu'ils pussent repousser.

L'hiver 1985 est atypique car les minima mesurés dans le Sud-Ouest battirent des records. Par exemple, il fit Modèle:Unité à Aire-sur-l'Adour le Modèle:Date- surpassant les records de Modèle:Date-[40]. Cependant, les dégâts sur les oliviers furent très limités. Cela est probablement dû au fait que le temps était sec et très frais avant les grosses gelées. En effet, un anticyclone s'était installé sur l'océan Atlantique du Modèle:Date- au Modèle:Date- engendrant un vent de nord-ouest à nord (d'après la loi de Buys-Ballot) et produisait des perturbations faibles engendrant un peu de neige[40]. Les arbres n'étaient donc pas gorgés d'humidité lorsque les froids vifs survinrent.

Surmortalité et famine

Modèle:Article détaillé

Élisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, écrit dans ses Correspondances qu'entre le Modèle:Date- et le Modèle:Date-, Modèle:Nombre étaient mortes à Paris en raison de cette vague de froid.

Environ Modèle:Unité moururent en France à la suite de ces intempéries, que ce soit directement du froid, de la faim ou en raison des épidémies particulièrement meurtrières sur une population sous-alimentée[41]. La mortalité fut aggravée par la situation économique précaire engendrée par la guerre de Succession d'Espagne.

Notes et références

Notes

Modèle:Références

Références

Modèle:Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Modèle:Portail


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