Mouvement à la Poinsot

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En mécanique du solide, on appelle mouvement à la Poinsot, le mouvement d'un solide autour de son centre de gravité G, le moment des forces extérieures par rapport à G étant nul. Ce mouvement est caractérisé par la conservation du moment cinétique LG et de l'énergie cinétique de rotation Ec=12LG,Ω, demi-produit scalaire du moment cinétique et du vecteur de rotation instantanée. Il existe 3 cas :

  • le solide est à symétrie sphérique. Ses moments principaux d'inertie sont égaux : A = B = C. Alors le mouvement se réduit à une simple rotation uniforme d'axe le moment cinétique.
  • le solide est à symétrie de révolution : A = B et C est différent. On parle de mouvement d'Euler-Poinsot de la toupie. Ce mouvement est équivalent à celui d'un cône roulant sans glissement sur un autre cône fixe. Le mouvement de la Terre en est un exemple.
  • le solide est quelconque : C > B > A. Le mouvement est intégrable grâce aux fonctions elliptiques de Jacobi. Il se répète régulièrement après une certaine variation de la précession.

Solide à symétrie sphérique

Fichier:CubePoinsot.ogv Pour un tel solide, tous les moments principaux d'inertie sont égaux. Notons Modèle:Math leur valeur commune. Si Ω est le vecteur de rotation instantanée et LG le moment cinétique du solide, on a LG=IΩ. LG étant constant, il en est de même de Ω. Le mouvement est un simple mouvement de rotation uniforme d'axe le moment cinétique, à la vitesse angulaire LGI. Son énergie cinétique de rotation est LG22I.

Ce cas concerne la sphère, la boule, mais aussi le cube.

Solide à symétrie de révolution

Fichier:ToupiePoinsot.ogv Fichier:ToupiePoinsotCone.ogv

Soit un solide de révolution, d'axes principaux d'inertie I, J, K, de moments d'inertie respectifs (A, A, C). Le référentiel (G, I, J, K) sera dit référentiel lié au solide. Le référentiel d'origine G et dont les axes sont parallèles à un référentiel galiléen sera dit référentiel fixe. On rappelle que le moment cinétique LG est constant. On peut le supposer colinéaire au vecteur k du référentiel fixe. On dispose des résultats suivants :

Théorème d'Euler[1]Modèle:,[2]Modèle:,[3] :

  1. Les vecteurs LG, K et Ω sont coplanaires.
  2. l'angle de nutation θ entre LG et K est constant.
  3. Le vecteur de rotation instantanée Ω a un module constant.
  4. Le vecteur Ω décrit un cône d'axe K dans le référentiel lié au solide, dit cône du solide.
  5. Le vecteur Ω décrit un cône d'axe LG dans le référentiel fixe, dit cône de base.
  6. Le cône du solide roule sans glissement le long du cône de base. À chaque instant, la génératrice commune aux deux cônes est dirigée par Ω.
  7. La vitesse angulaire de précession ψ˙ est constante : ψ˙=LGA.
  8. La vitesse angulaire de rotation propre φ˙ est constante : φ˙=LGcos(θ)(1C1A).

Modèle:Démonstration

En général, le mouvement n'est pas périodique dans le référentiel fixe car les vitesses angulaires de la précession et de la rotation propre ne sont pas commensurables.

Exemple de la Terre

En première approximation, la Terre a un moment cinétique constant et sa forme est essentiellement celle d'un solide à symétrie de révolution de forme ellipsoïdale, avec ACA=305. S'il s'agissait d'un ellipsoïde homogène, on aurait ACA=a2+c2a2c2=297, où a est le rayon équatorial et c le rayon d'un méridien. Mais la Terre est plus dense au centre. Le mouvement de précession libre calculé précédemment est de période 305 jours sidéraux. Le mouvement de rotation propre est d'un jour sidéral, soit Modèle:Unité. L'angle de nutation est très faible. Au pôle Nord, la polhodie est un cercle d'environ 10 m : le vecteur rotation et le moment cinétique sont presque alignés. Ce mouvement est actuellement suivi par l'IERS, qui observe des écarts entre la réalité expérimentale et le théorème d'Euler. Les raisons en sont multiples :

  • En premier lieu, la Terre n'est pas un solide, mais c'est un corps doté d'une certaine élasticité, et dont la rigidité est voisine de celle de l'acier. Newcomb et Chandler reprirent la théorie d'Euler en tenant compte de ce fait, et trouva que le mouvement de précession d'Euler devait être changé en un mouvement de précession de Modèle:Unité[2].
  • Par ailleurs, la Terre se comporte comme un matériau doué de viscosité ; le rebond glaciaire relève le bouclier canadien, entraînant une dérive de la polhodie.
  • De plus, le mouvement des océans (courants et marées) et le mouvement de l'atmosphère perturbe la polhodie (voir rotation de la Terre).
  • Il existe des tremblements de Terre (voir effet Sumatra), des mouvements de convection profonde correspondant à la tectonique des plaques, un noyau dont une partie est liquide et agité de mouvements de convection importants (voir géomagnétisme terrestre). À moment cinétique quasi constant, cela correspond à une rotation légèrement irrégulière, parfaitement perceptible compte tenu de la précision actuelle (10Modèle:Exp).

La modélisation précédente ne tient pas compte de la précession des équinoxes, décrite par Hipparque en 200 av. J.-C. : à long terme, le moment cinétique de la Terre n'est pas constant en raison de l'action de la Lune et du Soleil sur le bourrelet équatorial. Il subit donc par effet gyroscopique une précession, bien plus lente que la précession libre du mouvement à la Poinsot.

Solide quelconque

Ce cas, dit de la toupie asymétrique, concerne le mouvement d'un objet quelconque, sans symétrie particulière, et est bien plus compliqué. En effet, dans ce mouvement, les trois angles d'Euler (nutation, précession et rotation propre) varient tous les trois.

Mise en équation

On se place dans le référentiel lié au solide (G, I, J, K), les axes étant des axes principaux d'inertie, les moments d'inertie étant respectivement A, B et C. On supposera par exemple que C > B > A. Notons (ω1,ω2,ω3) les composantes du vecteur de rotation instantanée Ω. Les composantes du moment cinétique LG sont (Aω1,Bω2,Cω3). Selon les règles de dérivation dans une composition des mouvements, la conservation du moment cinétique dans le référentiel fixe s'exprime à partir de ses composantes dans le référentiel lié au solide sous la forme :

0=dLGdt(fixe)=dLGdt(solide)+ΩLG

ce qui donne les équations d'Euler suivantes[4] :

{Aω˙1+(CB)ω2ω3=0Bω˙2+(AC)ω3ω1=0Cω˙3+(BA)ω1ω2=0

Résolution dans le référentiel lié au solide

En utilisant la constance du module du moment cinétique et de l'énergie cinétique de rotation, on a également :

LG2=A2ω12+B2ω22+C2ω32
2Ec=Aω12+Bω22+Cω32

On détermine alors l'expression de (ω1,ω2,ω3) en fonction du temps Modèle:Math de la façon suivante. Les deux équations ci-dessus permettent d'exprimer ω1 et ω3 en fonction de ω2 et des constantes LG et Ec. On reporte ces expressions de ω1 et ω3 dans la deuxième équation d'Euler, permettant d'obtenir une équation différentielle non linéaire en ω2, à variables séparables. Celle-ci s'exprime simplement si on utilise les variables auxiliaires suivantes[4] :

τ=t(CB)(LG22EcA)ABC
s=ω2B(CB)2EcCLG2
k2=(BA)(2EcCLG2)(CB)(LG22EcA)

On obtient alors dsdτ=1s21k2s2. En choisissant l'origine des temps lorsque ω2 prend une valeur nulle, cette équation différentielle s'intègre sous la forme :

τ=0s11x21k2x2dx

qui est l'intégrale elliptique de première espèce F(s;k). On exprime Modèle:Math en fonction de τ, et donc ω2 en fonction du temps Modèle:Math en prenant la réciproque de cette fonction, ce qui conduit à s=sn(τ), où Modèle:Math est l'une des fonctions elliptiques de Jacobi (les autres étant Modèle:Math et Modèle:Math). On en déduit ensuite ω1 et ω3. Les expressions finales sont[5] :

ω1=2EcCLG2A(CA)cn(τ)
ω2=2EcCLG2B(CB)sn(τ)
ω3=LG22EcAC(CA)dn(τ)

Ces fonctions sont périodiques de période T=4KABC(CB)(LG22EcA) avec K=0111x21k2x2. Ainsi, dans le référentiel lié au solide, le vecteur de rotation instantanée a une variation périodique.

Résolution dans le référentiel fixe

On remonte ensuite à l'expression des angles d'Euler en fonction du temps, en prenant la direction k du référentiel fixe dans la direction du vecteur LG, puis en exprimant k dans le référentiel (I,J,K) lié au solide en fonction des angles de nutation θ et de rotation propre φ. On obtient ainsi :

LG=LGk=LG(cos(θ)K+sin(θ)sin(φ)I+sin(θ)cos(φ)J)=Aω1I+Bω2J+Cω3K

On en déduit[6] :

cos(θ)=Cω3LG=C(LG22EcA)LG2(CA)dn(τ)
tan(φ)=Aω1Bω2=A(CB)B(CA)cn(τ)sn(τ)

Quant à la précession ψ, on l'obtient par l'expression des composantes du vecteur de rotation instantanée Ω selon les vecteurs I et J en fonction des angles d'Euler, et qui valent respectivement ω1=ψ˙sin(θ)sin(φ)+θ˙cos(φ) et ω2=ψ˙sin(θ)cos(φ)θ˙sin(φ). On en déduit :

ψ˙=ω1sin(φ)+ω2cos(φ)sin(θ)=LGAω12+Bω22A2ω12+B2ω22

ψ est une primitive de la fonction ainsi trouvée. Au bout d'une période Modèle:Math donnée au paragraphe précédent, la précession a tourné d'un certain angle et le mouvement se répète relativement à cet angle, mais il n'y a pas de raison que cet angle soit commensurable à un tour complet, de sorte que le mouvement dans le référentiel fixe n'est pas en général périodique.

Polhodie et herpolhodie

Exemple d'ellipsoïdes (E1) en gris et (E2) en jaune. À un facteur constant près, le vecteur de rotation instantanée Ω décrit la polhodie, courbe d'intersection des deux ellipsoïdes.

Poinsot a décrit le mouvement géométriquement comme suit :

Dans le référentiel lié au solide, soit (E1) l'ellipsoïde d'inertie, d'équation AX2+BY2+CZ2=1, et soit (E2) l'ellipsoïde d'équation A2X2+B2Y2+C2Z2=LG22Ec.

En raison des deux équations 2Ec=Aω12+Bω22+Cω32 (conservation de l'énergie cinétique de rotation) et LG2=A2ω12+B2ω22+C2ω32 (conservation du module du moment cinétique), le vecteur Ω2Ec décrit la courbe d'intersection de ces deux ellipsoïdes. Cette courbe s'appelle la polhodie du mouvement.

Si l'on trace sur l'ellipsoïde d'inertie les diverses polhodies pour des valeurs différentes de Modèle:Math, on constate qu'elles se répartissent en quatre zones. Toujours avec la convention Modèle:Math > Modèle:Math > Modèle:Math, deux zones sont constituées des polhodies (en bleu sur la figure ci-contre) qui entourent l'axe Modèle:Math correspondant au moment cinétique Modèle:Math le plus élevé. Deux autres zones sont constituées des polhodies (en rouge sur la figure ci-contre) qui entourent l'axe Modèle:Math correspondant au moment cinétique Modèle:Math le plus faible. Ces polhodies sont fermées, et l'on retrouve ainsi le fait que le vecteur de rotation instantanée Ω se déplace périodiquement dans le référentiel lié au solide. Les quatre zones précédentes sont limitées par deux courbes séparatrices se coupant selon l'axe intermédiaire Modèle:Math. Cette configuration s'interprète mécaniquement par le fait qu'un mouvement de rotation proche des axes Modèle:Math et Modèle:Math sera stable (et plus stable selon Modèle:Math que selon Modèle:Math), alors qu'il sera instable autour de l'axe intermédiaire Modèle:Math. À titre d'exemple, il est possible de faire tourner une boîte d'allumettes autour de l'axe perpendiculaire aux deux grandes faces de la boîte, qui est le plus stable (ce que chacun sait également, quand il effectue des ricochets sur l'eau avec des pierres plates) ; il l'est également (mais avec plus de difficulté) autour de son grand axe. Mais il n'y a aucun espoir de lancer la boîte d'allumettes selon l'axe perpendiculaire aux grattoirs : c'est bien une position du mouvement stationnaire, mais elle est instable (effet Djanibekov).

Roulement sans glissement de l'ellipsoïde d'inertie d'un solide sur un plan (P) fixe. La polhodie est en rouge dans l'ellipsoïde, et l'herpolhodie en vert dans le plan (P). Le vecteur de rotation instantanée est colinéaire au vecteur noir qui relie le centre d'inertie du solide au point de contact entre l'ellipsoïde et le plan. Le moment cinétique est colinéaire au vecteur vertical noir.

Considérons maintenant le plan (P) tangent à l'ellipsoïde d'inertie au point Ω2Ec. La normale à (P) est dirigée par le gradient de la fonction AX2+BY2+CZ2 en ce point, à savoir 12Ec(2Aω1,2Bω2,2Cω3), qui, à un facteur près, n'est autre que le moment cinétique LG. L'équation du plan tangent est donc :

u(P)LG,u=LG,Ω2Ec

Comme LG,Ω=2Ec, cette équation se simplifie en :

LG,u=2Ec

Ec et LG étant constants, il s'agit d'un plan qui reste fixe pendant le mouvement. Le point de contact Ω2Ec entre ce plan et l'ellipsoïde d'inertie appartenant à l'axe de rotation instantanée, sa vitesse instantanée est nulle, ce qui signifie que l'ellipsoïde d'inertie roule et pivote sans glissement sur le plan fixe (P)[7]. La trace du point de contact dans le plan (P) s'appelle herpolhodie (on peut démontrer par ailleurs que cette courbe est sans point d'inflexion).

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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