Méthode de Grad

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À la fin du Modèle:S on connaît l'équation de Boltzmann qui régit la dynamique du milieu gazeux à l'échelle microscopique et les équations d'Euler et de Navier-Stokes pour le niveau macroscopique. Le passage d'une échelle à l'autre constitue une partie du sixième problème de Hilbert. David Hilbert, auteur des énoncés des problèmes jugés majeurs à la fin du Modèle:S pose les bases d'une méthode sous forme d'un développement qui porte son nom (1912). Il faudra attendre quelques années pour que Sydney Chapman et David Enskog proposent simultanément et indépendamment en 1916 et 1917 une solution à ce problème[1]Modèle:,[2]Modèle:,[3] par une méthode de perturbation consistant à définir la solution sous forme de série de fonctions de distribution en fonction d'un « petit paramètre » assimilable au nombre de Knudsen.

Harold Grad en 1949[4] a proposé une approche alternative consistant à chercher la solution par la méthode des moments de la fonction de distribution. L'équation de Boltzmann est multipliée par m,m𝐯,m𝐯𝐯,m𝐯𝐯𝐯... (𝐯 est la vitesse microscopique de l'équation de Boltzmann et le produit tensoriel) et intégrée en vitesse. Dans ce type de méthode l'équation portant sur le nModèle:Exp moment fait apparaître le (n+1)Modèle:Exp. Il faut donc faire une hypothèse pour « fermer » le système. Grad suppose la solution exprimée par une série tronquée de polynômes d'Hermite tensoriels[3]. David Levermore a plus récemment (1996) proposé une fermeture qui fait appel à une propriété générale : la solution maximise l'entropie du système de fermions que sont les particules du milieu[5].

Ces formulations de la mécanique des fluides n'ont pas eu de développement notable car n'apportant pas d'avantage par rapport aux équations de Navier-Stokes.

Équations d'évolution microscopique et macroscopique

On se limite à un milieu comportant une seule espèce.

Niveau microscopique

On note f(𝐱,𝐯,t) la fonction de distribution statistique de la vitesse 𝐯 à l'instant t au point 𝐱 pour la particule (atome ou molécule) de masse m. Le nombre probable de particules dans le volume [𝐱,𝐱+d𝐱], de vitesses [𝐯,𝐯+d𝐯] à cet instant est  fd𝐱d𝐯. La distribution statistique f se mesure donc Modèle:Unité.

L'équation de Boltzmann s'écrit

ft+𝐯f=jQ(f,f)

Q, l'opérateur (ou noyau) de collision, est un opérateur intégral quadratique décrit ci-dessous, donnant l'effet des collisions que l'on supposera élastiques pour simplifier le problème : pas d'échange entre degrés de liberté internes et translation. On exclut donc la viscosité volumique qui résulte de ce type d'échange et qui n'a d'intérêt que dans les problèmes de propagation du son.

La collision élastique

Fichier:Interaction elastique.png
Schéma d'une interaction moléculaire élastique dans le système lié au barycentre.

Les vitesses avant interaction sont 𝐯i et 𝐯j dans un référentiel galiléen. Ces vitesses valent 𝐯i et 𝐯j après interaction. On se place dans un système centré sur le barycentre qui a une vitesse constante du fait de la conservation de la quantité de mouvement. Dans ce système qui est donc galiléen la vitesse initiale de la particule j est la vitesse relative  𝐠ij=𝐯i𝐯j. Par symétrie on peut affirmer que la trajectoire sera contenue dans le plan contenant l'origine et  𝐠ij. On choisit un repère tel que  Ω=𝐠ij||𝐠ij||=[1,0,0] (voir figure). Dans ce repère la déviation est  θij, fonction du paramètre d'impact b, de la vitesse relative gij et du potentiel d'interaction que l'on suppose ne dépendant que de la distance en les deux particules en interaction. Si cette hypothèse est rigoureuse pour l'interaction entre deux atomes, on peut la considérer utilisable pour deux molécules : le potentiel est alors un potentiel moyen statistique.

La direction de sortie d'interaction est définie par  Ω=𝐠ij||𝐠ij||. On peut calculer les vitesses finales à partir des considérations suivantes :

  • la conservation de la quantité de mouvement dans l'interaction implique
𝐯i+𝐯j=𝐯i+𝐯j
|𝐯i𝐯j|=|𝐯i𝐯j|

Les vitesses après l'interaction sont donc

𝐯i(b,g)=𝐯i(𝐠𝐢𝐣Ω)Ω
𝐯j(b,g)=𝐯j+(𝐠𝐢𝐣Ω)Ω

De plus la conservation du moment cinétique au cours de l'interaction conduit à b=b.

Le système décrivant la collision est réversible. Le théorème de Liouville permet donc d'écrire

d𝐯id𝐯j=d𝐯id𝐯j

Le noyau de collision

Le nombre probable de particules qui traversent l'aire  2πbdb  par unité de temps est  f(𝐯j)gij2πbdbd𝐯j. Elles interagissent avec le nombre probable de particules dans le volume élémentairef(𝐯i)d𝐫d𝐯i. Le nombre de particules qui disparaissent de la statistique par unité de temps est  Θijd𝐫d𝐯i avec

Θij=2π𝐯0f(𝐯i)f(𝐯j)gijbdbd𝐯j

On compte de la même façon la quantité de particules qui apparaissent

Θij+=2π𝐯0f(𝐯i)f(𝐯j)gijbdbd𝐯j

Compte tenu des relations données ci-dessus pour la collision l'opérateur de collision s'écrit

Q(f,f)=Θij+Θij=2π𝐯0[f(𝐯i)f(𝐯j)f(𝐯i)f(𝐯j)]gijbdbd𝐯j

Cette équation est nommée équation de Wang Chang et Uhlenbeck.

On peut donner une formulation équivalente en introduisant la section efficace différentielle σij définie par[6]

2πbdb=2πσijsinθijdθij=σijdΩ

d'où

Q(f,f)=𝐯4π[f(𝐯i)f(𝐯j)f(𝐯i)f(𝐯j)]gijσijdΩ

Niveau macroscopique

Les variables

L'équation de Boltzmann décrit au niveau microscopique l'évolution de particules. Au niveau macroscopique on définit les quantités suivantes, fonctions de x et t

- la densité particulaire n=𝐯fd𝐯
- la masse volumique ρ=nm
- la vitesse moyenne 𝐕=1n𝐯𝐯fd𝐯
- l'énergie interne e=𝐯12mv2fd𝐯

Les flux

Le flux de la quantité ψ est par définition la quantité 𝐯ψfd𝐯, fonction de x et t

En notant le produit dyadique on définit les moments d'ordre 2 (tenseur de pression) et 3 (tenseur de flux d'énergie) ainsi que les restrictions habituelles : pression scalaire et flux de chaleur vectoriel

- tenseur de pression pij=𝐯m𝐯𝐯fd𝐯  qui représente le flux de quantité de mouvement.
- flux du tenseur de pression pijk=𝐯m𝐯𝐯𝐯fd𝐯
- tenseur de flux d'énergie qij=𝐯12mv2𝐯𝐯fd𝐯  flux du flux de chaleur

En particulier on peut extraire les quantités habituelles

- pression scalaire p=13𝐯mv2fd𝐯  définie à partir de la trace du tenseur de pression.
- vecteur flux de chaleur qi=𝐯12mv2𝐯fd𝐯  contraction du tenseur de flux d'énergie.

On définit la température à partir de l'équation d'état  p=nkT

Équations des moments de la fonction de distribution

L'équation de Boltzmann est multipliée par m puis par  1,𝐯,𝐯𝐯,𝐯𝐯𝐯...  et intégrée en vitesse. On obtient le système suivant en se restreignant aux quantités  ρ,𝐯,𝖯,𝐪, soit 1 + 3 + 6 + 3 = 13 quantités indépendantes (« méthode des 13 moments »)[N 1]

ρt+(ρvi)xi=0
ρvit+(ρvivj+pij)xj=0
pijt+(pijk+pijvk)xk+pkivjxk+pkjvixk=Pij
qit+(qij+qivj)xj+pijkvjxk+qjvixjpkiρpkjxj12prrρpijxj=Qi

où les quantités  Pij  et  Qi  correspondent au noyau de collision[N 2]

Pij=2πvivj0m(v'iv'jvivj)f(vi)f(vj)gbdbdvidvj
Qi=2πvivj012m(v'2v'jv2vj)f(vi)f(vj)gbdbdvidvj

Comme dans tout système aux moments, celui-ci n'est pas fermé : il n'existe pas d'équation pour pijk. Il faut donc « fermer » le système par une hypothèse ad hoc.

Méthode de Grad

Dans cette méthode on cherche la fonction de distribution sous forme d'un développement en série de polynômes d'Hermite tensoriels en négligeant une partie des termes du second ordre  aijkHijk .

f=f(0)(aH+aiHi+12aijHij+110arriHssi)

où f(0) est la distribution maxwellienne

f(0)=n(mkT)32ω(ξ),ω(ξ)=eξ22(2π)32

cette expression étant applicable à toutes les composantes

ξi=mkTvi

Les polynômes d'Hermite sont définis par

Hi1i2...iN=(1)NωNωξ1ξ2...ξN

Ils sont orthogonaux avec le poids ω

ωHi1i2...iNHj1j2...jM=δNM(δi1j1δi2j2...δiNjN+...)

le terme au second membre comportant toutes les permutations possibles sur j.

Les premiers polynômes sont

H(ξ)=1[0.6em]Hi(ξ)=ξi[0.6em]Hij(ξ)=ξiξjδij[0.6em]Hijk(ξ)=ξiξjξk(ξiδjk+ξjδik+ξkδij)

En reportant le développement dans les équations du système on obtient[3]

a1=1,ai=0,arr=0,aij=pijp,arri=2qipmkT

On définit  p'ij=pij13prrδij  qui est le déviateur du tenseur de pression (tenseur de cisaillement).

La fonction de distribution de Grad est

f=f(0){1+2β2ρ[p'ijvivj+45qivi(βv252)]},β=m2kT

On peut alors calculer les moments d'ordre élevé (fermeture du système) à partir des relations de définition

pijk=25(qiδjk+qjδik+qkδij)[0.6em]qij=5p22ρδij+7p2ρp'ij

À partir de cette solution on peut calculer les coefficients de transport : viscosité dynamique et conductivité à partir des intégrales de collision. Ces coefficients sont les mêmes que ceux issus de la méthode de Chapman-Enskog[3].

Notes et références

Notes

Modèle:Références

Références

Modèle:Références

Voir aussi

Articles connexes

Modèle:Portail


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