Théorème de Hille-Yosida

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Modèle:Ébauche

En théorie des semi-groupes, le théorème de Hille-Yosida est un outil puissant et fondamental reliant les propriétés de dissipation de l'énergie d'un opérateur non borné A:D(A)XX à l'existence et l'unicité et la régularité des solutions d'une équation différentielle (E)

{x(t)=Ax(t)x(0)=x0.

Ce résultat permet notamment de donner l'existence, l'unicité et la régularité des solutions d'une équation aux dérivées partielles plus efficacement que le théorème de Cauchy-Lipschitz-Picard, plus adapté aux équations différentielles ordinaires.

Einar Hille (1894-1980) à droite
Kōsaku Yosida (1909-1990)

Semi-groupes

La théorie des semi-groupes doit son origine à l'étude du flot d'une équation différentielle ordinaire autonome en dimension finie ainsi que de l'exponentielle d'opérateurs.

Définitions

Modèle:Énoncé La condition 4 est équivalente à ce que xX,tS(t)x𝒞0(+,X).

Si on remplace 4 par : limt0+S(t)Id(X)=0 on dit que (S(t))t0 est uniformément continu.

On retrouve (vaguement) avec cette définition la notion de famille à un paramètre de difféomorphismes bien connue en théorie des équations différentielles ordinaires.

Modèle:Énoncé

Modèle:Énoncé

Propriétés des semi-groupes de contraction

Modèle:Théorème Modèle:Théorème On commence à voir apparaître le lien entre le problème (E) et la notion de semi-groupe. Pour préciser, il faut maintenant introduire la notion d'opérateur dissipatif.

Opérateurs dissipatifs

Définitions

  • Un opérateur (A,D(A)) est dissipatif si xD(A),λ>0,xλAxx. Dans le cas où X=H est hilbertien on montre que A est dissipatif si et seulement si xD(A),𝔢(Ax,xH)0.

Remarque: Si (A,D(A)) est un opérateur dissipatif alors λ>0 l'opérateur (IdλA) est injectif car (IλA)x=00x(IλA)x=0x=0.

  • Si de plus λ>0, IdλA est surjectif on dit que (A,D(A)) est maximal-dissipatif (ou m-dissipatif). On peut montrer que λ>0, IdλA est surjectif si et seulement si
λ0,Idλ0Asurjectif.

En pratique pour montrer qu'un opérateur est m-dissipatif on montre d'abord à la main qu'il est dissipatif et on résout ensuite un problème variationnel pour une valeur λ0 bien choisie (par exemple avec le théorème de Lax-Milgram, voir exemple de l'équation de la chaleur traité plus bas).

Dans ce cas l'opérateur (IdλA) est un isomorphisme (a priori non continu) de L(D(A),X) et on note Jλ=(IdλA)1, qu'on appelle la résolvante de A. De plus,

JλyX(IdλA)[Jλy]XyX, Jλ((X,.X),(D(A),.X)).

Nous allons voir que cette propriété de continuité peut être améliorée (on va rendre moins fine la topologie sur (D(A),.X) en munissant D(A) d'une norme .D(A)).

Propriétés des opérateurs m-dissipatifs

Propriété 1: si (A,D(A)) est m-dissipatif alors c'est un opérateur fermé.

Corollaire 1 : pour xD(A) on pose xD(A)=xX+AxX. Alors .D(A) est une norme pour laquelle D(A) est un espace de Banach et A((D(A),.A),(X,.X)).

Propriété 2 : si H est un espace hilbertien et A:D(A)HH est m-dissipatif alors il est à domaine dense.

Propriété 3 : réciproquement si A:D(A)HH est de domaine dense, dissipatif, fermé et tel que son adjoint (A*,D(A*)) est dissipatif alors (A,D(A)) est m-dissipatif.

Corollaire 3 : toujours dans le cadre hilbertien

  1. si (A,D(A)) est dissipatif autoadjoint à domaine dense alors il est m-dissipatif,
  2. si (A,D(A)) est anti-adjoint à domaine dense alors il est m-dissipatif.

Remarque : dans ce dernier résultat, la condition de dissipativité n'est pas nécessaire car (A,D(A)) anti-adjoint entraîne que Ax,xH=0 donc la dissipativité, voir l'exemple de l'équation des ondes plus bas.

Théorème de Hille-Yosida

Énoncé

Modèle:Théorème Le point 1 du théorème précédent peut être réécrit en termes de résolvante :

  1. ' (A,D(A)), opérateur fermé à domaine dense, vérifie (0,+)ρ(A) et Rλ(X)1λ pour tout λ>0.

Ainsi sous ces hypothèses et d'après le théorème 2 pour toute condition initiale x0D(A) il existe une unique solution forte tx(t) dans 𝒞0(+,(D(A),.D(A)))𝒞1(+*,(X,.X)). Lorsque la condition initiale est prise quelconque dans X on a une solution faible tx(t)=S(t)x de classe seulement 𝒞0(+,(X,.X)) (et on montre que toute solution faible est limite dans X de solutions fortes).

Régularité des solutions

On constate que la régularité de la solution est étroitement liée au choix de la condition initiale en fonction du domaine de A : il est donc naturel de penser qu'en imposant plus de « régularité » à x0 on obtienne plus de régularité sur les solutions. Plus précisément on pose pour k2, D(Ak)={xD(Ak1),AxD(Ak1)}. Alors on a le théorème suivant.

Modèle:Théorème

Exemples

L'équation de la chaleur

On se donne Ω un ouvert borné de classe 𝒞2 de n et on cherche à résoudre l'équation de la chaleur

{tu(x,t)Δu(x,t)=0u(x,0)=u0(x)

sur (x,t)Ω×[0,+] pour une condition initiale donnée.

On peut réécrire cette équation aux dérivées partielles sous la forme d'une équation différentielle ordinaire y(t)=Ay(t) en posant X=H=L2(Ω), y(t)=u(.,t)H et en définissant (A,D(A)) par D(A)=H2(Ω)H01(Ω)L2(Ω) et Ax=Δx pour tout xD(A). Nous sommes dans le bon cadre pour utiliser la théorie des semi-groupes et le théorème de Hille-Yosida ; reste à montrer que l'opérateur A est m-dissipatif.

Il est bien connu que le laplacien est un opérateur autoadjoint :

Au,vH=Ω(Δu)v=Ωuv=Ωu(Δv)=u,AvH

par double intégration par parties, et que D(A) est dense dans L2(Ω), il suffit donc de montrer qu'il est dissipatif ou de façon équivalente que (Ax,xH)0. Or tout xD(A)=H2(Ω)H01(Ω) est de trace nulle, donc en intégrant par parties (Ax,xH)=Ωxn20.

Le corollaire 3 et le théorème de Hille-Yosida permettent enfin de conclure quant à l'existence-unicité et la régularité des solutions. On remarque de plus que

ddt(y(t)H2)=2y(t),y(t)H=2Ay(t),y(t)H0

On retrouve, bien sûr, le côté dissipatif et irréversible de l'équation de la chaleur.

L'équation des ondes

L'équation des ondes homogène se formule dans un domaine Ω suffisamment régulier (c'est-à-dire 𝒞2 en pratique) et sur un intervalle de temps [0,T) (avec T>0) selon

{utt(t,x)Δu(t,x)=0(t,x)(0,T)×Ωu(0,x)=f(x)xΩut(0,x)=g(x)xΩ

On se place dans la théorie des semi-groupes en mettant l'équation précédente au premier ordre en temps. On pose alors

𝒜=(0IΔ0), 𝒴=(uv)

(avec v=u) et

𝒴0=(fg).

L'équation devient alors

{𝒴(t)=𝒜𝒴(t)𝒴(0)=𝒴0.

Le domaine du Laplacien étant D(Δ)=H2(Ω)H01(Ω), celui de 𝒜 est D(𝒜)=H2(Ω)H01(Ω)×H01(Ω) sur H=H01(Ω)×L2(Ω). Les conditions initiales seront alors prises dans H. Le produit scalaire dans H est défini pour tout couple (u,v) dans H (u=(u1,u2) et v=(v1,v2)) par (u,v)H=(u1,v1)L2(Ω)+(u2,v2)L2(Ω).

Reste à vérifier que nous sommes bien dans les conditions d'application du théorème de Hille-Yosida :

  1. D(𝒜) est dense dans H.
  2. 𝒜 est fermé.
  3. 𝒜 est dissipatif. Ce point mérite une preuve.

Modèle:Démonstration Modèle:Démonstration

Article connexe

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