Théorie de Grothendieck-Teichmüller

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La théorie de Grothendieck-Teichmüller, ou théorie de Galois géométrique, est un domaine de recherche en mathématiques qui exhibe des liens profonds et surprenants entre des branches a priori distantes : la géométrie algébrique, la théorie algébrique des nombres, la combinatoire, la théorie de Galois, la théorie des groupes, la théorie de Teichmüller et la topologie.

Dans les grandes lignes, l'origine de la théorie est d'étudier le groupe de Galois absolu Gal(¯/), dont on ne peut « décrire » aucun élément (à l'exception de la conjugaison), au travers de ses actions géométriques.

Histoire et motivation

Esquisse d'un programme

Les principes d'une « théorie de Galois-Teichmüller » — reliant la théorie de Teichmüller des surfaces de Riemann et la théorie de Galois des corps algébriques de nombres et les courbes algébriques définies sur eux — ont été posés par Alexander Grothendieck dans La longue marche à travers la théorie de Galois en 1981 et Esquisse d'un programme en 1983-1984. Le point de départ est d'étudier G=Gal(¯/), le groupe de Galois absolu sur ℚ, au travers de son action sur des objets topologiques et géométriques : courbes, groupes fondamentaux, dessins d'enfants, difféotopies.

Si X est une variété algébrique définie sur ℚ, si on note π1(X) son groupe fondamental (topologique) et π^1(X) son groupe fondamental algébrique, qui est le complété profini du précédent, alors il existe une action extérieure canonique

GOut(π^1(X)).

En particulier, l'action du groupe de Galois sur le groupe fondamental algébrique préserve les classes de conjugaison des groupes d'inertie.

Dans Esquisse d'un programme, il est avant tout question de 1{0,1,}, dont le groupe fondamental algébrique s'identifie au groupe libre profini à deux générateurs F^2, avec F2=x,y,z|xyz=1. Les groupes d'inertie sont x, y et z, et l'action du groupe de Galois les préserve, donc on sait que pour tout élément σG, il existe α, β, γ ∈ Z^* et g,hF^2 (on peut choisir f = 1) tels que

{σ(x)=xασ(y)=g1yβgσ(z)=h1zγh.

On peut alors définir une application

GZ^*×F^2

qui associe à un élément σ de G l'automorphisme FσAut(F^2) associé à la paire (λσ,fσ)

{xxλσyfσ1yλσfσ.

Cette application, injective d'après le Modèle:Lien, n'est pas un homomorphisme de groupes. En revanche, si on associe à la multiplication στ la paire (λσλτ,fσFσ(fτ)), alors c'est un isomorphisme sur son image.

L'action de G sur F^2 envoie un sous-groupe d'indice fini N sur Nσ. Autrement dit, en termes de dessins d'enfants : pour tout corps de nombre, on peut définir un dessin d'enfant, et l'ensemble des dessins est équipé d'une action de Galois de manière naturelle.

Grothendieck décrit plusieurs pistes pour étudier le groupe de Galois absolu de manière géométrique :

  • essayer de caractériser G comme un groupe d'automorphismes de groupes fondamentaux algébriques d'espaces de modules respectant des propriétés « de type Galois » ;
  • expliquer l'action de G sur ces groupes comme une espèce de « jeu de lego » ;
  • comprendre que les groupes d'automorphismes de groupes fondamentaux algébriques d'espaces de modules de dimension inférieure à deux « doivent » agir sur tous les groupes fondamentaux des espaces de modules de dimension supérieure.

La plupart des résultats en théorie de Grothendieck-Teichmüller concerne les mapping class groups, on démontre notamment explicitement que l'action du groupe de Galois est locale sur les Modèle:Lien.

Les groupes de Grothendieck-Teichmüller

Vladimir Drinfeld introduit en 1991 le Modèle:Lien qui se rapporte au groupe de Galois absolu, réalisant ainsi le projet de Grothendieck[1].

En utilisant la notation f(a,b) pour l'image de fF^2 par un homomorphisme de groupes profinis F^2G,xa,yb, on pose :

  • {θ(x)=xθ(y)=y un automorphisme de F2 et F^2 ;
  • {ω(x)=yω(y)=(xy)1 un automorphisme de F2 et F^2 ;
  • ρ:xi,i+1xi+3,i+4 un automorphisme de Γ0,5 et Γ^0,5 ;

Γ0,5π1((1)2{x=y}) et Γ^0,5 son complété profini.

On définit GT^0 comme l'ensemble des paires (λ,f)Z^*×F^2 telles que xxλ,yf1yf s'étendent en un automorphisme de F^2 avec

  • θ(f)f=1 ;
  • ω2(fxm)ω(fxm)fxm=1, où m=(λ1)/2.

Le groupe de Grothendieck-Teichmüller profini est alors le sous-ensemble GT^ de GT^0 qui vérifie la relation pentagonale

ρ4(f~)ρ3(f~)ρ2(f~)ρ(f~)f~=1

dans Γ^0,5 avec f~=f(x1,2,x2,3). Il s'avère que GT^ de GT^0 sont effectivement des groupes profinis.

Drinfeld a notamment montré que GT^ agit sur tous les groupes de tresses d'Artin. On a[2]Modèle:,[3]Modèle:,[4] :

GGT^.

La conjecture centrale est qu'il s'agit en fait d'un isomorphisme :

GGT^.

Yves André a montré qu'il y a une construction p-adique de GT^ qui rend compte des groupes de Galois p-adiques[5] :

Gal(𝔽p/𝔽p)=GGT^p

GT^p est le sous-groupe de GT^ constitué des automorphismes qui fixent le groupe fondamental p-adique.

Yasutaka Ihara contribue à l'étude de ce groupe et introduit l'algèbre de Lie correspondante notée 𝔤𝔯𝔱[6], dont la définition est simplifiée par Hidekazu Furusho en observant qu'elle est redondante[7]. Cette algèbre de Lie est davantage liée à la théorie des déformations des quasi-algèbres de Hopf tressées, et correspond à un groupe de Grothendieck-Teichmüller dit k-pro-unipotent.

Fonction zêta multiple

Modèle:Article détaillé Les valeurs de la fonction zêta multiple, pour des arguments positifs, forment une ℚ-algèbre lorsque dotés de deux opérations de produit croisé (« shuffle product » et « stuffle product ») et du produit. On a par exemple :

ζ(2)2=2ζ(2,2)+4ζ(3,1)
ζ(2)2=2ζ(2,2)+ζ(4).

On peut déduire de nombreuses relations à partir de ces deux opérations, et la question est de savoir si on peut identifier toutes les relations de la sorte.

On définit à partir de cette algèbre l'algèbre de Lie 𝔡𝔰 (« double shuffle »). La conjecture est que l'on a un isomorphisme

𝔤𝔯𝔱𝔡𝔰

entre l'algèbre de Lie de Grothendieck-Teichmüller et l'algèbre de Lie double shuffle, engendrant toutes les relations algébriques entre les valeurs de la fonction zêta multiple.

Furusho a montré en 2008 que l'application f(x,y)f(x,y) donne l'inclusion[8] :

𝔤𝔯𝔱𝔡𝔰.

Récemment, la théorie des motifs a permis, en particulier dans l'étude des motifs de Tate mixtes, à Don Zagier[9] (et indépendamment Goncharov[10], Terasoma[11]) d'établir la meilleure borne connue sur la dimension de l'algèbre des nombres multizêtas.

Opérades et quantification

Maxime Kontsevitch a proposé une Modèle:Lien des variétés de Poisson. Une autre quantification proposée par Tamarkin a amené Kontsevitch à formuler la conjecture que le groupe de Grothendieck-Teichmüller agit sur de telles quantifications[12], reliant la théorie des motifs aux théories quantiques des champs.

Notes et références

Modèle:Références

Voir aussi

Sources et bibliographie

Article connexe

Modèle:Portail

  1. V. G. Drinfel’d, On quasitriangular quasi-Hopf algebras and on a group that is closely connected with Gal(Q/Q), Leningrad Math. J. 2 (1991), no. 4, 829–860
  2. Yasutaka Ihara, "Braids, Galois groups and some arithmetic functions." AMS, 1990.
  3. Ihara, Yasutaka. "On the embedding of Gal (Q/Q) into ̂ GT." The Grothendieck Theory of dessins d’enfants (Luminy, France, 1993) (1994): 289-321.
  4. Lochak, Pierre, Leila Schneps, and C. Scheiderer. "A cohomological interpretation of the Grothendieck-Teichmüller group." Inventiones mathematicae 127.3 (1997): 571-600.
  5. André, Yves. On a geometric description of Gal(p/p) and a p-adic avatar of GT^.' Duke Mathematical Journal 119.1 (2003): 1-39.
  6. Ihara, Yasutaka. Braids, Galois groups and some arithmetic functions. AMS, 1990.
  7. Furusho, Hidekazu. "Pentagon and hexagon equations." Ann. of Math.(2) 171.1 (2010): 545-556.
  8. Furusho, Hidekazu. Double shuffle relation for associators (2008).
  9. Zagier, Don. Values of zeta functions and their applications, First European Congress of Mathematics Paris, July 6–10, 1992. Birkhäuser Basel, 1994.
  10. Goncharov, Alexander B. Multiple ζ-values, Galois groups, and geometry of modular varieties, European Congress of Mathematics. Birkhäuser Basel, 2001.
  11. Terasoma, Tomohide. Mixed Tate motives and multiple zeta values, Inventiones mathematicae 149.2 (2002): 339-370.
  12. Maxim Kontsevich, Operads and motives in deformation quantization, Lett. Math. Phys. 48 (1999), 35-72