Carquois (théorie des catégories)

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Fichier:Carquois de Kronecker et de Jordan.svg
A gauche, le carquois de Kronecker et à droite le carquois de Jordan.

Un carquois est une collection d'arcs joignant des couples de points. En ce sens, il s'agit d'un graphe orienté, mais la notion intervient en physique théorique ainsi qu'en théorie des représentations, des groupes et des catégories de manière naturelle. En effet, une catégorie est un carquois doté d'une structure supplémentaire : nommément la présence d'identités et de compositions. On parle donc de carquois lorsque l'on souhaite évoquer ce contexte catégorique (ou de représentation), plutôt que de (multi-di-)graphe orienté.

Le nom « carquois » provient du fait qu'il s'agit essentiellement d'une collection de flèches.

Définition

On appelle carquois libre (ou catégorie de Kronecker) la catégorie X formée :

  • de deux objets E et V (correspondant aux arcs et aux points, respectivement) ;
  • de deux morphismes s,t:EV (source et destination, respectivement) ;
  • des deux morphismes identité.

Soit C une catégorie, un carquois sur C est un foncteur XC.

La catégorie des carquois sur C, notée 𝖰𝗎𝗂𝗏(C), est la catégorie de foncteurs CX dont :

Si C est la catégorie des ensembles, alors la catégorie des carquois correspond à la catégorie des préfaisceaux sur la catégorie duale Xop.

Catégories libres

On obtient un carquois à partir d'une catégorie en retirant les morphismes identité et en « oubliant » la composition. En d'autres termes, on a un foncteur d'oubli :

U:𝖢𝖺𝗍𝖰𝗎𝗂𝗏

de la catégorie des (petites) catégories dans la catégorie des carquois. Ce foncteur est adjoint à droite au foncteur qui associe, à un carquois, la catégorie libre correspondante :

F:𝖰𝗎𝗂𝗏𝖢𝖺𝗍

De fait, il est souvent intéressant de travailler sur le carquois d'une catégorie libre, plutôt que sur la catégorie elle-même : les isomorphismes de carquois s'identifient aux équivalences entre les catégories libres correspondantes.

Représentations de carquois

Si Q est un carquois, une représentation de Q est un foncteur F(Q)𝖵𝖾𝖼𝗍k de la catégorie libre engendrée par Q dans la catégorie des k-espaces vectoriels. Autrement dit, chaque point se voit associé à un k-espace vectoriel, et chaque arc correspond à une transformation linéaire d'un espace à l'autre.

La dimension d'une représentation est infinie si l'un des espaces vectoriels est de dimension infinie, et est finie sinon. C'est alors la famille des dimensions des espaces vectoriels.

Catégorie des représentations de carquois

Si Q=(Q0,Q1,s,t) est un carquois et si X=(Xi,φα)iQ0,αQ1 et Y=(Yi,ψα)iQ0,αQ1 sont deux représentations de Q sur un corps k, on définit un morphisme de représentations f entre X et Y comme une famille (fi)iQ0 d'applications linéaires fi:XiYi telles que pour toute arête αQ1, le diagramme :

Fichier:Morphisme de représentations de carquois.svg

commute, c'est-à-dire : ft(α)φα=ψαfs(α).
On peut alors définir la catégorie 𝖱𝖾𝗉k(Q) la catégorie des k-représentations de Q dont les objets sont morphismes sont tels que définis plus haut, l'identité la famille des identités, et la composition est simplement la composition composante par composante.

Algèbre des chemins

Étant donné un carquois Q et un corps k, on peut définir l'algèbre de chemins kQ de Q comme l'algèbre dont la k-base est donnée par les chemins de Q (y compris les chemins triviaux), la composition étant la concaténation si les chemins considérés peuvent être mis bout à bout, et donnant l'objet nul sinon.

Un kQ-module n'est rien d'autre qu'une représentation de Q, au sens où la catégorie 𝗆𝗈𝖽kQ des kQ-modules est équivalente[1] à la catégorie 𝖱𝖾𝗉k(Q) des k-représentations de Q.

Représentations simples, projectives, injectives

  • Si Q=(Q0,Q1,s,t) est un carquois et k un corps, pour tout sommet iQ0, on définit la représentation simple S(i) comme la représentation de Q dont toutes les flèches sont nulles et dont tous les sommets sont l'espace nul, excepté i se voit associer l'espace k.
  • On définit la représentation projective P(i)=(P(i)j,P(i)α) comme suit :
    • Pour tout sommet jQ0, P(i)j est l'espace vectoriel dont la base est l'ensemble des chemins de i vers j (y compris le chemin trivial si i=j).
    • Pour toute arête α:j0j1Q1, P(i)α est la concaténation des chemins par α (de sorte que tout chemin de i vers j0 soit envoyé sur un chemin de i vers j1), prolongée à P(i)j0 par linéarité.
  • De manière duale, on définit la représentation injective I(i)=(I(i)j,I(i)α) :
    • Pour tout sommet jQ0, I(i)j est l'espace vectoriel dont la base est l'ensemble des chemins de j vers i (y compris le chemin trivial si i=j).
    • Pour toute arête α:j0j1Q1, I(i)α est la réciproque de la concaténation des chemins par α (de sorte que tout chemin de j0 vers i soit envoyé sur un chemin de j1 vers i, on "enlève" l'arête α du chemin), prolongée à I(i)j0 par linéarité.

Les représentations P(i) (resp. I(i)) sont des objets projectifs (resp. injectifs) de la catégorie 𝖱𝖾𝗉k(Q), mais ce ne sont pas les seuls.

Sous-représentations

Une sous-représentation Y=(Yi,ψα) d'une représentation X=(Xi,φα) est une représentation telle que pour tout sommet iQ0, Yi est un sous-espace vectoriel de Xi, et pour toute arête α, ψα est la restriction de φα à Ys(α). Autrement dit, l'injection canonique des Xi dans les Yi est un morphisme de représentations.

Une représentation est dite irréductible (ou simple) elle n'admet pas de sous-représentation autre qu'elle même et la représentation nulle. Les représentations S(i) sont irréductibles.

Une représentation est dite indécomposable si elle n'est pas somme directe de sous-représentations strictes (au sens de la somme directe composante par composante des espaces vectoriels des sommets, et par bloc des applications linéaires des arêtes). Cela revient à dire que le module associé à la représentation est indécomposable. Les représentations P(i) et I(i) sont indécomposables.

Le théorème de Krull-Schmidt appliqué aux représentations de carquois énonce que toute représentation de dimension finie peut s'écrire comme somme directe de représentations indécomposables[2] :

Modèle:Théorème.

On peut donc s'intéresser aux représentations indécomposables pour chercher à classifier les représentations à isomorphisme près.

Classification

Le théorème de Gabriel donne une classification des carquois ayant un nombre fini de représentations indécomposables en termes de diagrammes de Dynkin.

Articles connexes

Références

Bibliographie

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