Équation de Boltzmann-Peierls

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En physique du solide l'équation de Boltzmann-Peierls décrit l'évolution de la fonction de distribution des phonons dans un solide cristallin. Elle a été établie par Rudolf Peierls en 1929[1]. Diverses approximations de type BGK ont été proposées, la plus précise par Joseph Callaway en 1959[2]. Dans les dernières décennies des efforts ont porté sur le développement de méthodes analogues à celles de la mécanique des fluides, permettant une grande efficacité de la résolution du problème moyennant quelques simplifications acceptables pour les applications pratiques.

Cette équation décrit le transfert d'énergie thermique au niveau microscopique, dans un domaine où l'approximation diffusive (loi de Fourier) n'est pas valide, le libre parcours moyen des phonons étant du même ordre de grandeur ou plus grand que la longueur caractéristique associée à la température T||T||. Ce type de problème est présent en microélectronique et la méthode s'applique également aux électrons dans les solides.

L'équation de Boltzmann-Peierls

Les phonons sont des bosons décrits par leur densité numérique f𝐤,s(𝐱,t,𝐤)𝐱 est la variable d'espace, t le temps, 𝐤 le vecteur d'onde supposé continu et s=1,2,3 désigne la polarisation. Cette grandeur est liée à la densité d'états ρ𝐤,s(k) caractéristique du matériau et à la distribution statistique de ces états n𝐤,s(𝐱,t) par f𝐤,s=ρ𝐤,sn𝐤,s.

Dans ce qui suit on s'intéressera à une polarisation particulière, les calculs étant les mêmes pour toutes : l'indice s disparaît donc.

L'équation de conservation de f𝐤 s'écrit[3] :

df𝐤dt=f𝐤t+𝐯𝐤f𝐤=df𝐤dT(Tt+𝐯𝐤T)=S𝐤

T est la température thermodynamique et 𝐯𝐤 est la vitesse de propagation ou vitesse de groupe liée à la pulsation de l'onde ω𝐤 par 𝐯𝐤=dω𝐤dk𝐤k. La relation ω𝐤(k) constitue la relation de dispersion.

La connaissance du terme source S𝐤 est au centre du problème. Prenons l'exemple simple de la diffusion d'un phonon sur un centre diffuseur comme un défaut du réseau cristallin. La probabilité de transition 𝐤𝐤 est proportionnelle[3] à Λ𝐤𝐤n𝐤(1+n𝐤)Λ𝐤𝐤 est la probabilité de transition spontanée.

En prenant en compte la réversibilité Λ𝐤𝐤=Λ𝐤𝐤 on obtient le terme source pour la diffusion :

S𝐤=12𝐤𝐤Λ𝐤𝐤(n𝐤n𝐤)

le facteur 12 étant destiné à corriger les doubles comptes.

On peut faire de même pour les processus à 3 phonons dont les probabilités de transition sont plus complexes car faisant intervenir une approximation à l'ordre 3 au moins du potentiel interatomique cristallin (il n'y a pas d'interaction phonon-phonon à l'ordre 2).

Le calcul de ces termes est coûteux et la résolution de l'équation de Boltzmann par une méthode stochastique[4] ou déterministe est elle-même coûteuse (calcul d'un grand nombre de fonctions de distribution en tout point et à tout instant, un terme source complexe). Des approximations ont donc été recherchées.

Première approximation

On peut écrire en première approche le terme source sous une forme utilisant la méthode de Bhatnagar-Gross-Krook comme un simple terme de rappel vers la valeur d'équilibre f𝐤(0)=ρkn𝐤(0)n𝐤(0) est donné par la statistique de Bose-Einstein pour un potentiel chimique nul :

n𝐤(0)=(eω𝐤kBT1)1

Ce rappel s'effectue avec le temps caractéristique τ𝐤 :

S𝐤=f𝐤f𝐤(0)τ𝐤

Modèle:Démonstration

Cette approximation est bonne lorsque l'on traite des processus dits « résistifs » (car participant à la résistivité thermique) qui ne conservent pas la quantité de mouvement comme la diffusion dite processus umklapp ou pour les phénomènes de diffusion d'un phonon sur un centre diffuseur (un défaut du cristal).

Lorsque plusieurs phénomènes se superposent ce temps caractéristique est obtenu en appliquant la règle de Matthiessen qui exprime l'indépendance des phénomènes :

τ1=iτi1

Deuxième approximation (Callaway)

Si, en plus des processus résistifs, il existe des processus dits « normaux » qui respectent la conservation de la quantité de mouvement une expression différente est proposée par Callaway :

f𝐤t+𝐯𝐤f𝐤=f𝐤f𝐤(0)τ𝐤f𝐤f𝐤(1)τ𝐤*

f𝐤(1) est la distribution de Bose-Einstein en repère mobile à la vitesse de dérive 𝐮(𝐱,t) :

f𝐤(1)=1ekBT(ω𝐤+𝐮𝐤)1n𝐤(0)+𝐮𝐤kBTeω𝐤kBT(eω𝐤kBT1)2

Au contraire de la distribution de Bose-Einstein cette distribution n'est pas isotrope. f𝐤(1) correspond à une distribution de Bose-Einstein observée dans un repère lorentzien se déplaçant à la vitesse 𝐮 par rapport au solide. Ce terme participe à la propagation et donc indirectement à la résistivité thermique.

Modèle:Démonstration

Méthodes aux moments

À une époque plus récente les physiciens se sont intéressés aux méthodes utilisées en mécanique des fluides[5] et en transfert radiatif, particulièrement aux méthodes basées sur l'utilisation des moments de la fonction de distribution comme la méthode de Grad ou la méthode MN. On peut remarquer que, dans l'hypothèse du continu, 𝐤k est une distribution angulaire et donc que la quantité I𝐤,s=ω𝐤v𝐤f𝐤,s𝐤k est l'exacte contrepartie de la luminance spectrale du rayonnement de photons.

Moments de l'équation

Prenons l'exemple simple d'un milieu isotrope dans lequel on ne retient que les ondes acoustiques dont la vitesse de propagation v est indépendante du nombre d'onde (approximation k0) et connue. La relation de dispersion se réduit à ω𝐤=vk. Dans ce qui suit on ignore les polarisations.

On définit les moments suivants ( est le produit tensoriel) :

E=𝐤kvf𝐤d𝐤 énergie volumique ;
𝐅=𝐤kv2f𝐤𝐤kd𝐤 flux d'énergie, et sa valeur réduite 𝐟=𝐅vE ;
𝖯=𝐤kvf𝐤𝐤k𝐤kd𝐤 tenseur de pression et sa valeur normalisée (tenseur d'Eddington) 𝖣=𝖯E.

Ces quantités sont les moments de Hausdorff d'une quantité non-négative sur la sphère unité. On montre[6]Modèle:,[7] que 𝐅 est un vecteur propre de 𝖯 d'où :

𝖣𝐟=χ𝐟

χ est le facteur d'Eddington.

Le tenseur d'Eddington s'exprime en fonction du facteur d'Eddington par :

𝖣=1χ2𝖨+3χ12𝐟f𝐟f,13χ1
𝖨 est le tenseur unité. χ=13 correspond à l'isotropie et χ=1 à un faisceau parallèle. La solution générale possède la symétrie de révolution autour de 𝐟.

On obtient les équations aux moments de la façon suivante[8] :

  • On multiplie l'équation de Boltzmann-Peierls par l'énergie du phonon kv et on intègre sur k :
𝐤f𝐤tkvd𝐤+𝐤kv2𝐤kf𝐤d𝐤=𝐤S𝐤kvd𝐤=0
Le second terme de cette équation est nul du fait de la conservation de l'énergie de tous les processus.
Par identification on obtient :
Et+𝐅=0
  • On multiplie l'équation de Boltzmann-Peierls par kv𝐤k et on intègre sur k :
𝐤f𝐤tkv𝐤kd𝐤+𝐤kv2𝐤kf𝐤𝐤kd𝐤=𝐤S𝐤kv𝐤kd𝐤
Dans le second membre les processus élastiques conduisent à un bilan nul. On suppose de plus que tous les processus résistifs sont décrits par une approximation BGK à une seule constante de temps τ. Alors par identification on obtient :
𝐅t+v2𝖯=𝐅τ

Comme tout système aux moments il faut à présent faire une hypothèse pour « fermer » (compléter) le système par nature incomplet puisque l'on a deux équations pour les trois inconnues E,𝐟,χ.

Fermeture entropique

On va comme ci-dessus maximiser l'entropie en respectant les moments définis ci-dessus. Cette méthode constitue la méthode M1. La solution est analytique[9] :

χ=3+4f25+243f2

Le système à présent complet est hyperbolique et l'on peut utiliser pour le résoudre les méthodes très efficaces qui ont été développées pour la mécanique des fluides.

On peut reconstruire la fonction de distribution qui n'apparaît pas explicitement dans le problème :

n𝐤=1ekvkBT[g1(f)+g2(f)𝐟𝐤]1

où g1 et g2 sont analytiques. Cette expression comporte une « vitesse de dérive » 𝐮=g2(f)𝐟 qui s'interprète comme la manifestation locale du gradient de peuplement de phonons dans chaque direction, avec un maximum dans le sens du flux d'énergie.

L'analyse asymptotique du système aux dérivées partielles permet d'exhiber une limite diffusive :

𝐅=4avT3τ3T

où a est l'équivalent de la constante radiative modifiée pour prendre en compte le nombre de polarisations possibles (3 au lieu de 2 pour les photons) a=12π5kB415h3v3

En identifiant le coefficient avec la conductivité thermique λ on obtient le temps caractéristique :

τ=3λ4avT3

Résolution

Transfert de phonons dans une lame de silicium[8]Modèle:, [10]. Comparaison calcul-mesure. « Fourier » désigne le calcul de conduction classique.

Au final on est ramené à un système aux dérivées partielles hyperbolique comportant une équation scalaire sur E et une équation vectorielles sur 𝐟 pour lequel il existe de nombreux solveurs numériques efficaces développés dans le cadre de la mécanique des fluides.

Il y a cependant une difficulté à écrire les conditions aux limites au bord du matériau. On remarquera d'abord que la notion de phonon repose sur l'hypothèse d'un milieu infini. On supposera toutefois que l'équation de Boltzmann-Peierls reste valide au voisinage de la surface. En l'absence de transmission (on écarte le problème de l'interface entre deux matériaux) on écrit les conditions aux limites comme on le fait dans le cas de la couche de Knudsen[8] :

  • la réflexion est soit spéculaire, soit diffuse. On peut également superposer les deux types de réflexion en les pondérant par un coefficient d'« accomodation » ;
  • on peut également imposer une distribution d'équilibre à la paroi : cette condition, difficile à justifier physiquement, est utilisée pour étudier des problèmes spécifiques[11].

Cette approche est également valide pour l'interface entre deux matériaux (résistance de Kapitza).

Références

Modèle:Références

Modèle:Portail

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  2. Modèle:Article
  3. 3,0 et 3,1 Modèle:Ouvrage
  4. Modèle:Article
  5. Modèle:Article
  6. Modèle:Article
  7. Modèle:Article
  8. 8,0 8,1 et 8,2 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Fryer
  9. Modèle:Article
  10. Modèle:Article
  11. Modèle:Article