Rotation en quatre dimensions
En mathématiques, les rotations en quatre dimensions (souvent appelées simplement rotations 4D) sont des transformations de l'espace euclidien , généralisant la notion de rotation ordinaire dans l'espace usuel ; on les définit comme des isométries directes ayant un point fixe (qu'on peut prendre comme origine, identifiant les rotations aux rotations vectorielles) ; le groupe de ces rotations est noté SO(4) : il est en effet isomorphe au groupe spécial orthogonal d'ordre 4.
Les propriétés des rotations 4D sont assez différentes de celles en trois dimensions ; en particulier, elle n'ont le plus souvent qu'un seul point fixe. Elles possèdent en revanche deux plans invariants orthogonaux, et peuvent toutes s'exprimer comme composées de deux rotations (dites simples) autour de ces deux plans.
Propriétés géométriques
Définitions et notations
Par analogie avec les rotations du plan (autour d'un point) et les rotations de l'espace (autour d'une droite), on pourrait vouloir définir les rotations de l'espace à quatre dimensions (ou rotations 4D) comme se faisant autour d'un plan ; une analyse plus abstraite de cette question amène à définir une rotation 4D comme une isométrie de cet espace laissant un point fixe ; utilisant ce point comme origine, on se ramène à l'étude des isométries vectorielles, encore appelées transformations unitaires. On montre alors que les rotations autour d'un plan ne sont que des cas très particuliers, appelés rotations simples.
Sauf précision contraire, les rotations de cet article sont toutes des rotations 4D. Les angles sont ramenés à l'intervalle , sauf lorsque le contexte justifie une exception. L'étude algébrique est faite systématiquement dans le cas vectoriel (autrement dit les rotations ont toujours au moins l'origine comme point fixe).
Un plan fixe est un plan (un sous-espace vectoriel ou affine de dimension 2) dont tous les vecteurs (respectivement les points) sont invariants dans la rotation. Un plan invariant est un plan dont tous les vecteurs restent dans le plan après la rotation.
Rotations simples
Modèle:Mvar est une rotation simple si elle possède un plan fixe Modèle:Mvar ; on dit que Modèle:Mvar est une rotation autour de Modèle:Mvar. Tout plan Modèle:Mvar orthogonal à Modèle:Mvar intersecte Modèle:Mvar en un point unique Modèle:Mvar ; Modèle:Mvar est un plan invariant et la restriction de Modèle:Mvar à Modèle:Mvar est une rotation plane de centre Modèle:Mvar et d'un angle Modèle:Mvar ne dépendant pas de Modèle:Mvar ; on dit que Modèle:Mvar est la rotation d'angle Modèle:Mvar autour de Modèle:Mvar.
Rotations doubles
La plupart des rotations n'ont qu'un point fixe ; on dit que ce sont des rotations doubles. On démontre que pour toute rotation double Modèle:Mvar, il existe au moins un couple de plans orthogonaux Modèle:Mvar et Modèle:Mvar, passant par ce point, et invariants par Modèle:Mvar ; la restriction de Modèle:Mvar à ces plans est une rotation plane,
Pour presque tous les Modèle:Mvar (l'ensemble de toutes les rotations, qui est de dimension 6, sauf un sous-ensemble de dimension 3), les deux angles de ces rotations (Modèle:Mvar dans le plan Modèle:Mvar et Modèle:Mvar dans le plan Modèle:Mvar, supposés tous deux non nuls) sont distinct. Ces deux angles sont presque uniquement déterminés par Modèle:Mvar : supposant l'espace orienté, les orientations des deux plans Modèle:Mvar et Modèle:Mvar peuvent être choisies de deux façons différentes. L'expression « rotation double » est parfois réservée au cas Modèle:Math, les rotations pour lesquelles Modèle:Math s'appelant des rotations isoclines. Si Modèle:Math, il n'y a pas d'autres plans invariants que Modèle:Mvar et Modèle:Mvar.
Chaque rotation double Modèle:Mvar peut s'écrire comme composée (dans n'importe quel ordre) d'une rotation (simple) d'angle Modèle:Mvar autour du plan Modèle:Mvar et d'une rotation d'angle Modèle:Mvar autour du plan Modèle:Mvar.
Rotations isoclines
Si Modèle:Math, on dit que Modèle:Mvar est une rotation isocline (ou parfois un déplacement de Clifford). Toutes les demi-droites Modèle:Mvar issues de Modèle:Mvar forment alors un angle Modèle:Mvar avec leur image , et tous les plans engendrés par Modèle:Mvar et sont invariants (mais les autres plans ne le sont pas).
En orientant l'espace, on peut séparer les rotations isoclines en deux catégories, appelées rotations droites et rotations gauches. Informellement, pour tout couple de plans invariants orthogonaux, la rotation a lieu « dans le même sens » pour une rotation gauche, et « dans des sens opposés » pour une rotation droite. Plus rigoureusement, soit un repère direct Modèle:Mvar (les quatre demi-droites Modèle:Mvar, Modèle:Mvar, Modèle:Mvar, Modèle:Mvar étant donc deux à deux orthogonales) tel que Modèle:Mvar et Modèle:Mvar (et donc également Modèle:Mvar et Modèle:Mvar) engendrent un plan invariant. Il existe en fait quatre rotations isoclines d'angle Modèle:Mvar pour lesquelles ces plans sont invariants ; fixant l'orientation de l'espace et des plans, de telle sorte que les angles (Modèle:Mvar, Modèle:Mvar) et (Modèle:Mvar, Modèle:Mvar) soient positifs, les quatre rotations peuvent s'écrire Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math et Modèle:Math. Modèle:Math et Modèle:Math sont inverses l'une de l'autre, comme Modèle:Math et Modèle:Math. Choisissant Modèle:Mvar dans l'intervalle , ces quatre rotations sont distinctes (l'angle Modèle:Math correspond à l'identité, l'angle Modèle:Math correspond à une symétrie centrale).
Les rotations Modèle:Math et Modèle:Math (correspondant à des angles de même signe) sont appelées des rotations gauches ; les rotations Modèle:Math et Modèle:Math sont des rotations droites. Elles sont représentées respectivement par la multiplication à gauche et à droite (d'où leur nom) par des quaternions, comme expliqué ci-dessous.
Propriétés algébriques
Le groupe SO(4)
Le groupe des rotations est isomorphe au groupe SO(4) (le groupe spécial orthogonal en dimension 4); c'est un groupe de Lie compact, non commutatif, de dimension 6.
L'ensemble des rotations simples autour d'un plan donné est un sous-groupe commutatif de SO(4), isomorphe à SO(2) (le groupe des rotations vectorielles du plan) ; tous ces sous-groupes sont conjugués deux à deux, c'est-à-dire qu'il existe une rotation (et même une rotation simple) Modèle:Mvar telle que .
Plus généralement, chaque couple de plans orthogonaux définit un ensemble de rotations ayant ces plans comme plans invariants, qui sont des rotations doubles sauf si l'un des angles est nul ; cet ensemble est un sous-groupe commutatif de SO(4) isomorphe à Modèle:Nowrap ; là encore, tous ces sous-groupes sont conjugués deux à deux ; chacun d'eux est un tore maximal de SO(4).
L'ensemble des rotations isoclines gauches est un sous-groupe non commutatif de SO(4), noté Modèle:Math3L, isomorphe au groupe multiplicatif Modèle:Math3 des quaternions unités. De même, les rotations isoclines droites forment un sous-groupe Modèle:Math3R isomorphe à Modèle:Math3. Modèle:Math3L et Modèle:Math3R sont des sous-groupes maximaux de SO(4).
Chaque rotation gauche commute avec chaque rotation droite ; cela implique que le produit direct Modèle:Nowrap a pour sous-groupes normaux Modèle:Math3L et Modèle:Math3R ; ce produit n'est cependant pas isomorphe à SO(4), ni à un de ses sous-groupes, car Modèle:Math3L et Modèle:Math3R ne sont pas disjoints : ils ont en commun, outre l'identité Modèle:Mvar, la symétrie centrale Modèle:Math.
Toute rotation Modèle:Mvar est le produit de deux rotations isoclines (respectivement gauche et droite) Modèle:Math et Modèle:Math, déterminées à symétrie centrale près (autrement dit, les seules solutions sont ). Ce résultat montre que Modèle:Math3L × Modèle:Math3R est le Modèle:Lien de SO(4) — son unique revêtement double — et que Modèle:Math3L et Modèle:Math3R sont des sous-groupes normaux de SO(4). L'identité Modèle:Mvar et la symétrie centrale Modèle:Math forment un groupe d'ordre 2, C2, qui est le centre de SO(4) (ainsi que de Modèle:Math3L et Modèle:Math3R) ; le groupe quotient de SO(4) par C2 est isomorphe à S3L × S3R, et donc à SO(3) × SO(3).
La topologie de SO(4) est la même que celle du groupe de Lie SO(3) × Spin(3) = SO(3) × SU(2), isomorphe à Modèle:Math, où Modèle:Math est l'espace projectif de dimension 3 et Modèle:Math est la 3-sphère. Cependant, en tant que groupe de Lie, SO(4) n'est pas un produit direct de groupes de Lie, et n'est donc pas isomorphe à Modèle:Nowrap.
Propriétés particulières de SO(4)
La structure des groupes SO(n) dépend de n : si n est impair, le groupe est simple ; SO(2) est commutatif. Les groupes SO(2n) (avec n >1) contiennent la symétrie centrale Modèle:Math, et ont pour centre Modèle:Nowrap ; pour n > 2 (donc à partir de SO(6)), ils sont presque simples, au sens où le groupe quotient SO(2n)/C2 est un groupe simple.
SO(4) est exceptionnel : les sous-groupes Modèle:Math et Modèle:Math (qui se généralisent à SO(2n), mais où les ensembles correspondants ne sont même pas des groupes) ne sont pas conjugués (mais ils le sont dans O(4), le groupe de toutes les isométries, en utilisant des symétries par rapport à un hyperplan), et donc ne sont pas des sous-groupes normaux.
Décomposition isocline
Les éléments de SO(4) peuvent se représenter par la matrice représentant l'image, par la rotation, d'une base orthonormée dans cette même base ; on démontre que cette matrice est une matrice orthogonale de déterminant +1.
Partant de cette matrice,
on peut construire deux matrices de rotations isoclines gauche et droite (vérifiant Modèle:Mvar) de la manière suivante :
on détermine la matrice associéeModèle:Citation needed
Modèle:Mvar est de rang 1 et de norme euclidienne 1 (en tant que vecteur de ) si et seulement si Modèle:Mvar est une matrice de rotation. Il existe alors des réels Modèle:Math et Modèle:Math tels que
et
Si on impose de plus que Modèle:Math et Modèle:Math, ces réels sont uniques (au signe près).
On peut alors écrire
Cette formule est due à Van Elfrinkhof (1897).
Utilisation des quaternions
Les points (ou les vecteurs) de l'espace à quatre dimensions peuvent être représentés par leurs coordonnées cartésiennes Modèle:Math ; on peut donc les identifier au quaternion Modèle:Math.
Avec cette convention, une rotation isocline gauche est représentée par la multiplication à gauche par un quaternion unité Modèle:Math :
De même, une rotation isocline droite est représentée par la multiplication à droite par un quaternion unité Modèle:Math :
Dans le langage des quaternions, la formule de la section précédente s'écrit
ou, matriciellement,
Selon Felix Klein, cette formule était déjà connue de Cayley en 1854Modèle:Citation needed.
Le produit des quaternions étant associatif, on a ce qui montre algébriquement que les rotations droites et gauches commutent.
Valeurs propres des matrices de rotation
Les quatre valeurs propres d'une matrice de rotation forment en général deux couples de complexes conjugués, et , où et sont les deux angles de la rotation (les vecteurs propres correspondants engendrant les plans invariants Modèle:Mvar et Modèle:Mvar). Si l'une des valeurs propres est réelle, elle vaut 1 ou -1, et la rotation est simple, ou composée d'une rotation simple et d'une symétrie centrale. Dans le langage des quaternions, la rotation est simple si et seulement si les parties réelles des quaternions Modèle:Math et Modèle:Math sont égales.
La formule d'Euler–Rodrigues
Interprétant l'espace ordinaire à 3 dimensions comme l'hyperplan (0XYZ) de l'espace 4D, le groupe de rotations de cet espace, SO(3), s'identifie au sous-groupe de SO(4) formé des matrices de la forme
La formule de Van Elfrinkhof amène à Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math, et en représentation par les quaternions, Modèle:Math.La matrice de rotation 3D se réécrit alors :
représentation dite d'Euler–Rodrigues avec les paramètres Modèle:Math.
La formule correspondante pour les quaternions, Modèle:Math, avec Modèle:Math, se développant en :
- ,
est appelée formule de Hamilton–Cayley.
Coordonnées de Hopf
Les rotations en 3D sont plus facilement représentables en coordonnées sphériques (utilisant en particulier les angles d'Euler). Une représentation analogue des rotations 4D en coordonnées hypersphériques est possible, mais un système de coordonnées plus utile encore est le système des coordonnées de Hopf Modèle:Math[1], représentant les points de la 3-sphère par la donnée de trois angles : le point de la 3-sphère , vérifiant par conséquent Modèle:Math, s'écrit :
Utilisant comme plans de coordonnées les deux plans invariants orthogonaux de la rotation, dans lesquels elle se réduit à deux rotations 2D d'angles Modèle:Math et Modèle:Mvar, le point Modèle:Math a pour nouvelles coordonnées Modèle:Math.
Visualisation des rotations
Fig.1 : rotation simple (en noir) et rotations isoclines gauche et droite (en rouge et en bleu).
Fig.2 : rotation double avec les angles dans un rapport de 1 à 5.
Fig.3 : rotation double avec les angles dans un rapport de 5 à 1.
Les coordonnées de Hopf Modèle:Math paramètrent la 3-sphère. À Modèle:Mvar fixé, elles décrivent un tore paramétré par Modèle:Math et Modèle:Math, Modèle:Math correspondant au cas particulier d'un tore de Clifford dans les plans Modèle:Mvar et Modèle:Mvar. La projection stéréographique de ce tore est un tore ordinaire de l'espace 3D ; la trajectoire d'un point de ce tore sous une rotation ayant les plans Modèle:Mvar et Modèle:Mvar invariant reste sur ce tore[2], ce qui permet une visualisation de cette rotation, comme montré à droite[3].
Constructions des matrices de rotation
Plusieurs constructions peuvent être obtenues à partir de la formule de Rodrigues et de la formule de Cayley. Partant d'une matrice antisymétrique Modèle:Math, on peut l'écrire (de manière unique) , où Modèle:Math et Modèle:Math sont des matrices antisymétriques telles que Modèle:Math, Modèle:Math et Modèle:Math, Modèle:Math and Modèle:Math étant les valeurs propres de Modèle:Mvar[4] :
et
Alors, est une matrice de rotation de Modèle:Math (obtenue à l'aide de la formule de Rodrigues), ayant pour valeurs propres
De même, est une matrice de rotation de Modèle:Math (obtenue à l'aide de la formule de Cayley), ayant pour valeurs propres
Une construction plus géométrique part de la diagonalisation de la rotation : si on se place dans une base orthonormée engendrant les plans invariants, la matrice de la rotation est
Utilisant alors la matrice de passage exprimant les vecteurs de la base choisie dans la base canonique, on a (d'après la formule de changement de base) Modèle:Math.
Voir aussi
- Groupe de Lorentz
- Groupe de Poincaré
- Groupe orthogonal
- Matrice orthogonale
- Quaternions et rotation dans l'espace
- Tore de Clifford
- Vecteur de Runge-Lenz
Références
Bibliographie
- Modèle:De L. van Elfrinkhof, Eene eigenschap van de orthogonale substitutie van de vierde orde. Handelingen van het 6e Nederlandsch Natuurkundig en Geneeskundig Congres, Delft, 1897.
- Modèle:De P.H.Schoute: Mehrdimensionale Geometrie. Leipzig: G.J.Göschensche Verlagshandlung. Volume 1 (Sammlung Schubert XXXV): Die linearen Räume, 1902. Volume 2 (Sammlung Schubert XXXVI): Die Polytope, 1905.
- Modèle:De Felix Klein, Elementarmathematik vom höheren Standpunkte aus, 1908.
- Modèle:En Henry Parker Manning, Geometry of four dimensions. The Macmillan Company, 1914.
- Gustave Juvet, Les rotations de l'espace euclidien à quatre dimensions, leur expression au moyen des nombres de Clifford et leurs relations avec la théorie des spineurs, Commentarii mathematici Helvetici, 1935 (p. 264-304)
- Modèle:En J. H. Conway et D. A. Smith, On Quaternions and Octonions: Their Geometry, Arithmetic, and Symmetry. A. K. Peters, 2003.