Topologie faible

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En mathématiques, la topologie faible d'un espace vectoriel topologique E est une topologie définie sur E au moyen de son dual topologique E'. On définit également sur E' une topologie dite faible-* au moyen de E.

Dans tout cet article, sauf mention contraire, on notera Modèle:Formule pour Modèle:Formule et Modèle:Formule forme linéaire sur Modèle:Formule.

Topologie affaiblie d'un espace normé

Définition

Soient E un espace vectoriel normé (réel ou complexe), ou plus généralement un espace vectoriel topologique et E' son dual topologique, c’est-à-dire l'ensemble des formes linéaires continues sur E. On appelle alors topologie faible sur E, notée σ(E, E'), la topologie initiale associée à la famille de toutes les formes linéaires continues sur E, c'est-à-dire la topologie la moins fine gardant continus les éléments de E' . Elle est engendrée par les ouverts de la forme φModèle:-1(U), où φ est un élément de E' et U un ouvert du corps des scalaires.

Cette topologie σ(E, E') est définie par la famille de semi-normes xφ=|φ,x|φ désigne un élément quelconque de E'. Elle munit donc E d'une structure d'espace localement convexe. Elle est séparée si et seulement si le dual topologique E' de E Modèle:Lien de E (i.e. x0φEφ(x)0), ce qui est le cas d'après le théorème de Hahn-Banach dès que E est un espace vectoriel normé[1] ou plus généralement, un espace localement convexe séparé.

En particulier, une suite (un)n d'éléments de E converge faiblement vers un élément u de E lorsque :

φE,limn+φ,un=φ,u.

Par opposition, la topologie originelle de E s'appelle topologie forte, et la convergence au sens de cette topologie s'appelle convergence forte.

Exemple

Soit E l'espace cModèle:Ind(ℝ) des suites réelles x=(xn) de limite nulle, muni de la norme x=sup{|xn|,n}. Un élément φ de E' peut être représenté par une suite réelle (φn) telle que la série φn soit absolument convergente. On a alors :

φ,x=n=0φnxn.

Pour n entier naturel, soit en l'élément de E consistant en une suite de réels tous nuls sauf le n-ième terme qui vaut 1. Alors (en)n constitue une suite de E qui converge faiblement vers 0 mais pas fortement.

Propriétés élémentaires

Modèle:Démonstration/début Soit E de topologie faible à base dénombrable de voisinages. Il existe alors dans E' une suite (φModèle:Ind) telle que les VModèle:Ind = {x : |φModèle:Ind(x)| < 1, k = 0, … , n}, pour n ∈ ℕ, forment une base de voisinages de 0. Pour tout φ dans E', {x : |φ(x)| < 1} est un voisinage de 0 donc contient un VModèle:Ind . Le noyau de φ contient alors l'intersection des noyaux de φModèle:Ind, … , φModèle:Ind [[Forme linéaire#Propriétés|donc φ est combinaison linéaire de φModèle:Ind, … , φModèle:Ind]]. Ceci prouve que E' est de dimension au plus dénombrable, donc de dimension finie puisqu'il est complet, ce qui n'est possible que si E lui-même est de dimension finie. Modèle:Démonstration/fin

Pour E = [[Espace de suites ℓp|ℓModèle:2]] par exemple, elle n'est même pas séquentielle.

Continuité des opérateurs et topologie faible

Modèle:Théorème

La réciproque est fausse en général (un opérateur peut être continu pour les topologies faibles de E et F sans être continu pour les topologies fortes) mais vraie si E et F sont des espaces de Fréchet (on peut le démontrer à l'aide du théorème du graphe fermé[6]).

Topologie faible-* du dual

Définition

On dispose ainsi sur le dual topologique E' d'au moins trois topologies.

Les trois topologies, forte, faible et faible-*, sont en général distinctes. Dans le cas d'un espace de Banach réflexif (identifiable à son bidual), les topologies faible et faible-* sont égales.

Exemple

Soit E l'espace cModèle:Ind(ℝ) des suites réelles x=(xn) de limite nulle, muni de la norme x=sup{|xn|,n}.

Son dual E' est l'espace ℓModèle:1(ℝ) des suites φ=(φn) telle que la série φn soit absolument convergente, muni de la norme φ1=n=0|φn|.

Le bidual E'', c'est-à-dire le [[Espace Lp#Dualité|dual de ℓModèle:1(ℝ)]], est l'[[Espace de suites ℓp|espace ℓModèle:Exp(ℝ)]] des suites réelles bornées u=(un) muni de la norme u=sup{|un|,n}.

On a φ,x=n=0φnxn et u,φ=n=0φnun.

Considérons dans E' l'élément en dont les n-premiers termes valent 1/n et dont tous les autres sont nuls. Ces éléments forment une suite dans E' qui ne converge pas vers 0 pour la topologie forte puisque en1=1. Elle ne converge pas non plus vers 0 pour la topologie faible de E', puisque, si l'on prend l'élément Modèle:Math de E'' égal à la suite constante 1, alors u,en=1. Mais elle converge vers 0 pour la topologie faible-* puisque, si l'on prend un élément Modèle:Math quelconque de E (donc une suite de limite nulle), alors en,x=1nk=0n1xk, qui converge bien vers 0 d'après le théorème de Cesàro.

Propriétés

  • Le dual topologique de E' muni de la topologie faible-* n'est autre que E lui-même[7].
  • Plus généralement, si F est un autre espace, la transposée établit une bijection entre l'espace vectoriel des applications faiblement continues de F dans E et l'espace vectoriel des applications faiblement-* continues de E' dans F'. (Le point précédent correspond au cas F = ℝ.)
  • Un espace vectoriel normé est séparable si et seulement si la boule unité fermée (pour la norme duale) de son dual, munie de la topologie faible-*, est métrisable[8]. (Preuve du « seulement si » : si D est une partie dense de E alors sur toute partie équicontinue de E', la topologie de la convergence simple sur E coïncide avec celle de la convergence simple sur D. Or cette dernière est métrisable dès que D est au plus dénombrable.)

Théorème de Banach-Alaoglu

Le théorème suivant, dont une généralisation aux espaces vectoriels topologiques est le théorème de Banach-Alaoglu-Bourbaki, permet parfois de pallier l'absence de compacité pour la topologie forte dans les espaces de Banach de dimension infinie. Il est la principale justification de la définition de la topologie faible-* :

Modèle:Théorème

En particulier, si E est séparable, alors la boule unité du dual est séquentiellement compacte pour la topologie faible-*. En d'autres termes, toute suite bornée de E' admet une sous-suite convergente pour la topologie faible-*.

Ce théorème permet d'en déduire une caractérisation des espaces normés réflexifs (égaux à leur bidual). Un tel espace est nécessairement un espace de Banach.

Modèle:Théorème

À extraction près, une suite bornée d'un espace normé réflexif converge toujours faiblement (mais pas forcément fortement). Il existe de nombreuses méthodes récentes, développées notamment pour leurs applications dans le cadre de la théorie des équations aux dérivées partielles pour étudier le défaut de compacité d'une telle suite, en particulier dans les espaces de Hilbert (principe de concentration compacité de Pierre-Louis Lions, de mesure de défaut micro-locale de Patrick Gérard et Luc Tartar).

Convergence faible et espaces de Hilbert

Modèle:Voir Par le théorème de représentation de Riesz, sur un espace de Hilbert Modèle:Math dont le produit scalaire est noté Modèle:Math, toute forme linéaire continue Modèle:Math s'écrit Modèle:Math pour un certain vecteur Modèle:Math.

La convergence faible d'une suite (un)n s'écrit alors :

vHlimn(vun)=(vu).

L'espace Modèle:Math est réflexif donc d'après le théorème de Banach-Alaoglu, un borné pour la topologie forte qui est fermé pour la topologie faible est compact pour la topologie faible. Ainsi, dans un espace de Hilbert, toute suite bornée admet une sous-suite faiblement convergente.

Mentionnons cette caractérisation élémentaire mais intéressante de la convergence forte dans un espace de Hilbert.

Modèle:Théorème

Notes et références

Modèle:Références

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Modèle:Palette Modèle:Portail

  1. Voir Modèle:Lien web, Modèle:P..
  2. 2,0 et 2,1 Modèle:Ouvrage.
  3. Modèle:Ouvrage, § 15.1, démontre un énoncé plus précis.
  4. Cependant, dans un espace de Banach E muni de la topologie faible, tout compact est métrisable dès que E est séparable et même, toute partie bornée (en norme) est métrisable dès que E' est séparable : voir Théorème d'Eberlein-Šmulian.
  5. Pour un groupe topologique séparé, ces deux notions sont en fait équivalentes, d'après le théorème de Birkhoff-Kakutani.
  6. Modèle:Harvsp, exercice 3.18.3 Modèle:P..
  7. Cela tient essentiellement au fait que si le noyau d'une forme linéaire contient l'intersection des noyaux d'un nombre fini de formes linéaires alors elle est combinaison linéaire de ces formes : cf. Modèle:Lien web (Master 1 Mathématiques-Informatique, université d’Artois), théorème 2.2.
  8. Modèle:Harvsp.