Entrelacs (théorie des nœuds)

De testwiki
Aller à la navigation Aller à la recherche

En théorie des nœuds, un entrelacs est un enchevêtrement de plusieurs nœuds. L'étude des entrelacs et des nœuds est liée, plusieurs invariants s'interprétant plus naturellement dans le cadre général des entrelacs, au moyen notamment des relations d'écheveau.

Définition

Entrelacs

Un entrelacs est la donnée d'un plongement d'une ou plusieurs copies du cercle SModèle:1 dans ℝModèle:3 ou dans SModèle:3, appelées ses composantes, ou ses boucles. Deux entrelacs sont considérés équivalents lorsqu'ils sont identiques à isotopie près.

En particulier, l'entrelacs trivial correspond à deux copies disjointes de SModèle:1. Un entrelacs est dit « véritablement noué » s'il n'est pas isotope à l'entrelacs trivial, et il s'agit d'un véritable entrelacs s'il n'est pas l'union disjointe de deux nœuds.

Les entrelacs étudiés sont généralement les entrelacs réguliers, c'est-à-dire tels que chacune de ses composantes est un nœud, mais il existe également une notion d'entrelacs singuliers. On demande en plus que ces nœuds ne soient pas sauvages. Un entrelacs à une seule composante est alors exactement un nœud.

Puisqu'on peut orienter un nœud, on peut orienter chaque composante d'un entrelacs, et les isotopies sont censées respecter cette orientation.

Entrelacs premiers et classification

De manière analogue aux nœuds, il existe une notion d'entrelacs premier. Un entrelacs est dit premier s'il n'est pas somme connexe d'autres entrelacs. L'entrelacs trivial, l'entrelacs de Hopf, celui de Whitehead[1] et les anneaux borroméens sont premiers[2].

Un entrelacs donné possède un nombre fini de facteurs, uniques (à changement d'ordre près)[3]

Une première classification des entrelacs premiers a été publiée en 1976 par Modèle:Harvsp. Les entrelacs y sont désignés par la notation ckn avec c le nombre de croisements de l'entrelacs, n le nombre de composantes et k un indice indiquant sa position parmi les entrelacs ayant même nombre de croisements. Cette notation peut se voir comme une extension naturelle de la notation d'Alexander-Briggs[4]. Par exemple, le nœud de trèfle est noté 3Modèle:Ind et l'entrelacs de Whitehead est noté 512. Une notation alternative est cnk ; par exemple l'entrelacs de Whitehead est identifié par la notation 05-0201.

Les dernières classifications de nœuds et d'entrelacs comptent plusieurs millions d'entrées[5].

Invariants d'entrelacs

La classification des entrelacs est moins aisée que celle des nœuds. Certaines propriétés s'étendent naturellement aux entrelacs, comme l'existence d'une surface de Seifert[6], donc d'un genre ; d'autres en revanche cessent de s'appliquer. Par exemple, deux entrelacs distincts peuvent avoir un même complément[7], alors que c'est impossible pour les nœuds[8].

Le premier invariant d'entrelacs est naturellement le nombre de composantes qui le constituent, mais il ne permet pas de distinguer entre deux nœuds. D'autres invariants simples incluent :

  • L'enlacement (qui ne permet pas de distinguer le nœud trivial de l'entrelacs de Whitehead) ;
  • Le nombre de croisements, c'est-à-dire le nombre minimal de croisements qu'un diagramme de l'entrelacs peut avoir ;
  • Le genre ;
  • La tricolorabilité.

Ces invariants sont largement inefficaces pour distinguer les entrelacs, et de plus ne sont pas forcément aisément calculables. On leur préfère les invariants polynomiaux ou, mieux encore, les invariants de Vassiliev, qui sont des avatars de l'intégrale de Kontsevich.

Théorème d'Alexander et mots de tresses

Le théorème d'Alexander stipule que tout entrelacs est représentable par une tresse fermée[9]. Si l'entrelacs possède n composantes, on peut décrire la tresse par la suite des permutations qui la caractérisent. On fait cela en donnant un mot constitué des symboles σi±1, où l'indice i parcourt l'ensemble {1, …, n- 1 } et où le signe indique s'il s'agit d'une permutation positive (le brin i passe au-dessus du brin i + 1) ou négative (le brin i passe au-dessous du brin i + 1). Lorsque plusieurs permutations sur un même brin se suivent, on contracte l'écriture :

σis1σis2σisk=σij=1ksj

Quelques exemples de mots de tresses :

  • Entrelacs de Hopf : σ12
  • Anneaux borroméens : (σ11σ2)3
  • Entrelacs de Whitehead : σ1σ21σ1σ22

Le mot ainsi constitué n'est pas unique, mais il est possible de reconnaître deux telles présentations d'un même entrelacs : en effet le problème du mot est décidable dans les groupes de tresses, et on dispose d'un algorithme dû à Markov[10]Modèle:,[11]. Par exemple, une autre présentation de l'entrelacs de Whitehead est σ12σ22σ11σ22

Déterminant et signature

La matrice de Seifert d'un entrelacs n'est pas un invariant (puisqu'en particulier la surface de Seifert n'est pas unique). En revanche, on peut définir à partir d'elle deux quantités numériques qui, elles, le sont.

Si L est un entrelacs (orienté) et F une surface de Seifert de L, de matrice de Seifert M, on définit

det(L)=|det(M+MT)|
σ(L)=σ(M+MT)

le déterminant et la signature de l'entrelacs. Ce sont des invariants d'entrelacs, qui ne dépendent que de L. De plus, si un entrelacs L peut être factorisé en LModèle:Ind#LModèle:Ind, on a

det(L1#L2)=det(L1)det(L2)
σ(L1#L2)=σ(L1)+σ(L2)

Polynôme d'Alexander

Modèle:Article détaillé Le polynôme d'Alexander est défini sur les entrelacs (à partir d'une matrice de Seifert), et on a notamment pour un entrelacs L à n composantes :

ΔL(x)=(1)n1ΔL(x)=ΔL(x1)
ΔL=(1)n+1Δl*
|ΔL(±i)|=det(L)

avec iModèle:2 = -1 et L* l'image de L dans un miroir.

Si L possède plus d'une composante, ΔL(1)=0, et on a

ΔL1#L2=ΔL1ΔL2

Le polynôme d'Alexander est un invariant des entrelacs orientés.

Polynôme de Kauffman

Louis Kauffman a introduit en 1987 un invariant d'entrelacs[12]Modèle:,[13] qui s'identifie (une fois normalisé convenablement) au polynôme de Jones, et permet de l'interpréter comme Modèle:Lien.

Polynôme crochet

Soit D un diagramme non orienté d'entrelacs. On appelle polynôme crochet de D le polynôme de Laurent D, d'indéterminée A, défini par les axiomes :

  • 011=1 ;
  • D011=δ signifie la somme disjointe et où δ(A)=A2A2 ;
  • D+=AD0+A1D, où D+, D0 et D sont les diagrammes correspondant aux variations locales d'écheveau[14]

Le polynôme crochet de n cercles disjoints est δn1. On peut alors utiliser les mouvements de Reidemeister et les relations d'écheveau pour assembler un entrelacs donné à partir de ces cercles. Cependant, le polynôme crochet sous cette forme n'est pas invariant par le premier mouvement de Reidemeister (il l'est pour les deux autres mouvement), il faut imposer une normalisation pour en faire un invariant d'entrelacs.

Polynôme normalisé et polynôme de Jones

Modèle:Article détaillé Soit D un diagramme orienté, et |D| le diagramme D sans son orientation, le polynôme crochet normalisé (ou polynôme de Kauffman) de D est

D=(A3)w(D)|D|.

w désigne l'entortillement du diagramme.

C'est un invariant des entrelacs orientés, et en fait il s'identifie au polynôme de Jones par un changement de variable :

VL(A4)=D(A)

On pose donc désormais t=A4.

Si on note 01n l'entrelacs trivial à n composantes, on a

V(01n)=(t12t12)n1

Puisque c'est un invariant, on peut à partir des relations d'écheveau calculer le polynôme de Jones d'un entrelacs quelconque.

Le polynôme de Jones est strictement plus fin, comme invariant d'entrelacs orientés, que le polynôme d'Alexander. Cependant, il existe des entrelacs que le polynome de Jones ne distingue pas entre eux, voire ne distingue pas de l'entrelacs trivial[15].

Notes et références

Notes

Modèle:Références

Références

Modèle:Portail

  1. Ce sont les entrées n = 2 et n = 5 de la Modèle:OEIS. L'entrelacs trivial n'a pas de croisements et ne figure pas dans la liste, mais il est premier par définition.
  2. Entrée n = 6 de la Modèle:OEIS.
  3. Modèle:Harvsp
  4. Modèle:Article
  5. Modèle:Harvsp
  6. Modèle:Article
  7. Modèle:Harvsp
  8. Modèle:Article
  9. Modèle:Article
  10. Modèle:Article
  11. Modèle:Article
  12. Modèle:Article
  13. Modèle:Ouvrage
  14. Cela implique notamment que D=AD+A1D0.
  15. Modèle:Harvsp