Nombre de Fermat

Un nombre de Fermat est un nombre qui peut s'écrire sous la forme , avec entier naturel. Le nombre de Fermat de rang , , est noté .
La suite , qui débute par 3, 5, 17, 257, 65537, 4294967297, 18446744073709551617 est répertoriée comme Modèle:OEIS.
Ces nombres doivent leur nom à Pierre de Fermat, qui émit la conjecture que tous ces nombres étaient premiers. Cette conjecture se révéla fausse, F5 étant composé, de même que tous les suivants jusqu'à F32. On ne sait pas si les nombres à partir de F33 sont premiers ou composés. Ainsi, les seuls nombres de Fermat premiers connus sont au nombre de cinq, à savoir les cinq premiers F0, F1, F2, F3 et F4, qui valent respectivement 3, 5, 17, 257 et 65 537.
Les nombres de Fermat disposent de propriétés intéressantes, en général issues de l'arithmétique modulaire. En particulier, le théorème de Gauss-Wantzel établit un lien entre ces nombres et la construction à la règle et au compas des polygones réguliers : un polygone régulier à côtés peut être construit à la règle et au compas si et seulement si est une puissance de 2, ou le produit d'une puissance de 2 et de nombres de Fermat premiers distincts.
Histoire
En 1640, dans une lettre adressée à Bernard Frénicle de Bessy, Pierre de Fermat énonce son petit théorème et commente : Modèle:Citation Ce théorème lui permet d'étudier les nombres portant maintenant son nom. Dans cette même lettre[1], il émet la conjecture que ces nombres sont tous premiers mais reconnaît : Modèle:Citation. Cette hypothèse le fascine ; deux mois plus tard, dans une lettre à Marin Mersenne, il écrit : Modèle:Citation Il écrit encore à Blaise Pascal : Modèle:Citation. Dans une lettre à Kenelm Digby, non datée mais envoyée par Digby à John Wallis le Modèle:Date-, Fermat donne encore sa conjecture[2] comme non démontrée[3]. Toutefois, dans une lettre de 1659 à Pierre de Carcavi[4], il s'exprime en des termes qui, selon certains auteurs, impliquent qu'il estime avoir trouvé une démonstration[5]. Si Fermat a soumis cette conjecture à ses principaux correspondants, elle est par contre absente des Arithmétiques de Diophante rééditées en 1670, où son fils retranscrivit les quarante-sept autres conjectures qui furent plus tard prouvées. C'est la seule conjecture erronée de Fermat.
En 1732, le jeune Leonhard Euler, à qui Christian Goldbach avait signalé cette conjecture trois ans auparavant[6], la réfute[7] : F5 est divisible par 641. Il ne dévoile la construction de sa preuve[8] que quinze ans plus tard. Il y utilise une méthode similaire à celle[9] qui avait permis à Fermat de factoriser les nombres de Mersenne MModèle:Ind et MModèle:Ind[10].
Il est probable que les seuls nombres premiers de cette forme soient 3, 5, 17, 257 et 65 537, car Boklan et Conway[11] ont prépublié en Modèle:Date- une analyse très fine estimant la probabilité d'un autre nombre premier à moins d'un sur un milliard.
Propriétés
Premières propriétés
La suite des nombres de Fermat peut se définir par récurrence simple :
ou par récurrence double :
ou par récurrence forte :
ou encore :
- .
On en déduit le théorème de Goldbach[12] affirmant que : Modèle:Énoncé
Soit le nombre de chiffres utilisés pour écrire en base .
où les crochets désignent la fonction partie entière et le logarithme de base .
La suite , qui débute par 1, 1, 2, 3, 5, 10, 20, 39, 78, 155 est répertoriée comme Modèle:OEIS.
Tous les nombres de Fermat à partir de se terminent par le chiffre 7 en écriture décimale.
Les nombres de Fermat premiers ne sont pas des nombres brésiliens alors que les nombres de Fermat composés sont tous des nombres brésiliens[13].
Nombre de Fermat et primalité
La raison historique de l'étude des nombres de Fermat est la recherche de nombres premiers. Fermat connaissait déjà la proposition suivante[14] :
Modèle:Énoncé Modèle:Démonstration/débutIl existe deux entiers a impair et b tels que k = a 2b. En posant c = 2(2b), on dispose alors des égalités suivantes :
qui montrent que c + 1 est un diviseur du nombre premier 2k + 1 et donc lui est égal, si bien que k = 2b. Modèle:Démonstration/fin Fermat a conjecturé (erronément, comme on l'a vu) que la réciproque était vraie ; il a montré que les cinq nombres
- , , , et sont premiers. Actuellement, on ne connaît que cinq nombres de Fermat premiers, ceux cités ci-dessus.
On ignore encore s'il en existe d'autres, mais on sait que les nombres de Fermat Fn, pour n entre 5 et 32, sont tous composés ; F33 est le plus petit nombre de Fermat dont on ne sait pas s'il est premier ou composé.
En 2013[15], le plus grand nombre de Fermat dont on savait qu'il est composé était : F2 747 497 ; l'un de ses diviseurs est le nombre premier de Proth 57×22 747 499 + 1[16].
Factorisation des nombres de Fermat composés
Euler démontre le théorème : Modèle:Énoncé (Lucas a même démontré plus tard que tout facteur premier d'un nombre de Fermat Fn est de la forme k.2Modèle:Exp + 1.)
Ceci lui permet de trouver rapidement : Modèle:Énoncé
- Tout facteur premier p d'un nombre de Fermat Fn est de la forme k.2n+1 + 1, où k est un entier.
Modulo p, Fn est congru à 0 donc 22n est congru à –1, si bien que l'ordre multiplicatif de 2 dans l'anneau ℤ/pℤ est égal à Modèle:Nobr Or cet ordre multiplicatif est un diviseur de Modèle:Nobr, ce qui termine la démonstration.
On peut le vérifier par un simple calcul, mais expliquons comment Euler découvrit le diviseur 641. On cherche un entier k tel que le nombre p = 64k + 1 soit à la fois premier et diviseur strict de FModèle:Ind. Les premières valeurs de k ne conviennent pas, mais dès k = 10, on constate que Modèle:Nobr est premier et que modulo p,
donc et .- Tout facteur premier p de Fn pour n > 1 peut s'écrire sous la forme s.2n+2 + 1, où s est un entier.
D'après la démonstration précédente, p est de la forme k.2n+1 + 1. Édouard Lucas est allé plus loin :
Comme n > 1, p est congru à 1 modulo 8. D'après la deuxième loi complémentaire de la loi de réciprocité quadratique, 2 est donc un résidu quadratique modulo p, c'est-à-dire qu'il existe un entier a tel que .
Il est également possible de remarquer directement que 2 est un résidu quadratique modulo p, car
Comme une puissance impaire de 2 est un résidu quadratique modulo p, 2 lui-même en est un aussi.
On a alors , et .
Ainsi l'ordre de a modulo p est égal à , et d'après le petit théorème de Fermat, p − 1 est donc divisible par ; p peut alors s'écrire sous la forme .
Le cas général est un problème difficile du fait de la taille des entiers Fn, même pour des valeurs relativement faibles de n. En 2020, le plus grand nombre de Fermat dont on connaisse la factorisation complète est F11[17], dont le plus grand des cinq diviseurs premiers a 564 chiffres décimaux (la factorisation complète de Fn, pour n inférieur à 10, est, elle aussi, entièrement connue). En ce qui concerne F12, on sait qu'il est composé ; mais c'est, en 2020, le plus petit nombre de Fermat dont on ne connaisse pas la factorisation complète[18]. Quant à F20, c'est, en 2020, le plus petit nombre de Fermat composé dont on ne connaisse aucun diviseur premier[19].
Série des inverses des nombres de Fermat
La série des inverses des nombres de Fermat est convergente et sa somme [20] est irrationnelle[21] et même transcendante[22]. Ces résultats viennent de ce que cette somme est trop bien approchée par des rationnels.
Polygone régulier
Modèle:Article détaillé Gauss et Wantzel ont établi un lien entre ces nombres et la construction à la règle et au compas des polygones réguliers : un polygone régulier à n côtés est constructible si et seulement si n est le produit d'une puissance de 2 (éventuellement égale à 20 = 1) et d'un nombre fini (éventuellement nul) de nombres de Fermat premiers distincts.
Par exemple, le pentagone régulier est constructible à la règle et au compas puisque 5 est un nombre de Fermat premier ; de même, un polygone à 340 côtés est constructible à la règle et au compas puisque 340 = 22.F1.F2.
Généralisations
Il est possible de généraliser une partie des résultats obtenus pour les nombres de Fermat.
Pour que soit premier, Modèle:Math doit nécessairement être pair et Modèle:Math doit être une puissance de deux.
On appelle couramment « nombres de Fermat généralisés[23] » les nombres de la forme (avec Modèle:Math)[24], mais Hans Riesel a donné aussi ce nom aux nombres de la forme [25]. Le plus grand nombre premier de la forme connu en 2017 est , un nombre de plus d'un million de chiffres[26].
Notes et références
Modèle:Traduction/Référence Modèle:Références
Voir aussi
- Test de Pépin
- Nombre trapézoïdal (les nombres triangulaires non trapézoïdaux font intervenir les nombres de Fermat premiers)
- Modèle:OuvrageModèle:Commentaire biblio SRL
- Modèle:En Suite Modèle:OEIS2C de l'OEIS
- ↑ Dans une autre lettre à Frénicle il écrit aussi : Modèle:Citation, Lettre XLIII, août ? 1640, dans Modèle:Harvsp.
- ↑ Modèle:Citation étrangère (Modèle:Citation)
- ↑ Modèle:Citation étrangère (Modèle:Citation), lettre XCVI dans Modèle:Harvsp.
- ↑ Lettre CI, point 5, dans Modèle:Harvsp. Fermat énumère des questions qui se traitent par sa méthode de la descente infinie. Il place parmi ces questions sa conjecture (erronée) sur les nombres dits depuis nombres de Fermat et il ne dit plus, comme il l'avait fait dans des lettres antérieures, qu'il n'a pas encore trouvé de démonstration de cette conjecture.
- ↑ C'est l'interprétation que donne H.M. Edwards, Fermat's Last Theorem, Springer, 1977, p. 24, prenant position contre les vues contraires de E.T. Bell, The Last Problem, New York, 1961, p. 256.
- ↑ Modèle:Lien web.
- ↑ Modèle:Article.
- ↑ Modèle:Article (présenté en 1747/48).
- ↑ Décrite dans Modèle:MacTutor
- ↑ Fermat, dans sa lettre XL à Mersenne de juin ? 1640 Modèle:Harv, découvre pour MModèle:Ind le diviseur 6 × 37 + 1, après avoir détaillé sa méthode sur l'exemple connu MModèle:Ind = 23 × 89. Dans sa lettre XLIII à Frénicle (août ? 1640) déjà citée, il signale de plus, pour MModèle:Ind, le diviseur 47.
- ↑ Modèle:Article.
- ↑ Modèle:Lien web.
- ↑ B. Schott, [1], Les nombres brésiliens, Quadrature, Modèle:N°, 2010, Prop. 3 p.36.
- ↑ Modèle:Harvsp appellent Modèle:Citation (avec un t en italique) les nombres premiers de la forme 2k + 1 avec k entier positif ou nul, qui sont donc 2 et les « vrais » nombres premiers de Fermat.
- ↑ Pour des résultats plus récents, voir par exemple Modèle:Lien web.
- ↑ Modèle:Lien web.
- ↑ Modèle:En Richard P. Brent, Factorization of the Tenth and Eleventh Fermat Numbers, février 1996.
- ↑ Depuis le Modèle:Date-, on connaît six des diviseurs premiers de F12, mais toujours pas sa décomposition complète. Voir [2].
- ↑ Avant 2010, le plus petit tel nombre était F14. Le Modèle:Date-, un diviseur à 54 chiffres de F14 a été découvert par Tapio Rajala, Département de Mathématiques et Statistiques, Université de Jyväskylä, Finlande. Voir le site prothsearch et mersenneforum : k.2Modèle:16 + 1, où k est un nombre à 49 chiffres.
- ↑ Suite Modèle:OEIS2C de l'OEIS.
- ↑ Modèle:Article.
- ↑ Modèle:Article.
- ↑ Modèle:MathWorld.
- ↑ Modèle:En Generalized Fermat Prime search.
- ↑ Modèle:Ouvrage.
- ↑ Modèle:En The prime database.