Thermodynamique hors équilibre

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La thermodynamique hors équilibre est le domaine de recherche étudiant les phénomènes de relaxation et de transport au voisinage de l'équilibre thermodynamique. Il s'agit là de phénomènes dissipatifs donc irréversibles, liés à une augmentation de l'entropie.

Les méthodes présentées ici relèvent de la thermodynamique proprement dite, qui permet de donner les lois caractérisant un phénomène.

Ces phénomènes sont également décrits par la théorie cinétique qui, au-delà de la physique statistique décrivant un milieu à l'équilibre, permet d'accéder aux lois de transport et de relaxation et de plus à l'expression des coefficients présents dans celles-ci par passage du niveau cinétique au niveau continu. Ces méthodes sont les méthodes statistiques de la physique statistique hors d'équilibre, la méthode des moments et celle des développements asymptotiques dans le cas de la méthode de Chapman-Enskog pour un gaz.

Historique

Le domaine remonte aux travaux de Joseph Fourier sur la conduction thermique[1] (1822).

Par la suite et jusqu'à la fin du Modèle:S- la thermodynamique va voir un extraordinaire développement avec les travaux de Rudolf Clausius qui établit la seconde loi de la thermodynamique et introduit la notion d'entropie en 1862[2].

Josef Stefan établit en 1871 la loi de diffusion dans un milieu comportant plusieurs espèces[3].

Pierre Duhem[4] et Willard Gibbs[5] (1875-1878) introduisent la notion de potentiel thermodynamique.

Pierre Curie[6] (1894), Lars Onsager[7]Modèle:,[8] (1931) et Hendrik Casimir[9] (1945) établissent les propriétés existantes dans tous les systèmes thermodynamiques linéaires à partir des propriétés d'invariance ou de symétrie de ces systèmes.

Ces travaux culminent avec Ilya Prigogine et ses travaux sur les structures dissipatives[10]. L'histoire plus récente est surtout celle des théories statistiques et des formulations variationnelles du problème[11].

Définitions et postulats

Entropie

La base du raisonnement est le postulat suivant lequel les états d'équilibre d'un système isolé sont décrits au niveau macroscopique par un certain nombre de variables extensives (conservatives) i, représentées par leur densité volumique Xi. Chacun de ces états est caractérisé par son entropie S(Xi)S est une fonction positive, concave, continûment différentiable[12], ce qui exclut l'étude des changements de phase. Il est possible de partitionner le système en sous-systèmes (indice j) pour lesquels on définit une entropie Sj. Ces entropies sont additives et extensives :

S=jSj(Xi)
S(αXi)=αS(Xi)

Affinités

Les échanges autorisés entre sous-systèmes peuvent être scalaires (réactions chimiques), vectoriels (masse, énergie) ou tensoriels (quantité de mouvement). Ils provoquent une variation des variables Xi compatible des lois de conservation.

En dérivant l'expression de S on obtient la relation de Gibbs-Duhem sur les variables intensives conjuguées Fi et donc les affinités i=Fi :

dS=iSXidXi=iFidXi

S étant concave la relation XiFi est inversible : connaissant Fi on peut en déduire Xi.

Équilibre thermodynamique local

La thermodynamique hors équilibre postule également l'existence d'un équilibre thermodynamique local pour chacun des sous-systèmes élémentaires associés à un élément de l'espace-temps d𝐱dt. Ce postulat permet de définir des quantités macroscopiques locales : énergie, température, etc. On peut justifier cette hypothèse en supposant que dans le milieu le gradient de X est tel que la variation de cette quantité sur une distance microscopique représentative (par exemple le libre parcours moyen dans un gaz) est petite devant la fluctuation statistique à l'équilibre de X. Cette hypothèse est habituellement amplement justifiée.

Transport et relaxation

À chacun des sous-systèmes élémentaires ainsi définis on associe une entropie. L'entropie globale définie ci-dessus est maximale à l'équilibre thermodynamique global. Le processus de marche vers cet équilibre n'est possible que pour un système isolé et se fait en respectant à chaque instant l'équilibre local, ce qui implique l'existence de constantes de temps très différentes pour chacune des échelles. Le mécanisme correspondant est un mécanisme de relaxation.

Dans le cas où le système échange avec le milieu extérieur le problème correspond à un mécanisme de transport. Dans ce cas on suppose également vérifié l'équilibre thermodynamique local.

Conservation de l'entropie

Modèle:Article détaillé

On note 𝐉 le flux. L'équation de conservation de Xi s'écrit, en l'absence de terme source :

(ρXi)t+𝐉i=0

Et celle de l'entropie :

(ρS)t+𝐉S=σS0

σS est le terme source d'entropie. La relation de Gibbs écrite plus haut permet d'expliciter divers termes de ces équations :

𝐉S=iFi𝐉i,(ρS)t=iFi(ρXi)t

En portant dans l'équation de conservation de l'entropie et en tenant compte de celle sur Xi on obtient le terme source interne :

σS=i𝐉ii

Flux et affinités, principe de Curie et relations de réciprocité

Si l'on est proche de l'équilibre thermodynamique[N 1] on peut exprimer la relation entre flux et affinités sous forme linéaire :

𝐉i=k𝐉iFkk=kLikk

Dans cette équation on voit les effets directs : un flux lié à l'affinité correspondante par l'intermédiaire de Lii. Mais on peut aussi voir les effets indirects : l'affinité k est responsable du flux i par l'intermédiaire du terme Lik,ki.

Toutefois ce couplage n'existe dans un milieu isotrope sans champ magnétique que pour des quantités de dimension analogue : scalaire, vectorielle ou tensorielle. Ceci découle d'une analyse des symétries et invariances du système comme dans le principe de Curie[13].

Par suite le terme source d'entropie est :

σS=ikLikik0

La matrice des Lik est définie positive et Lii0[13].

Les coefficients cinétiques Lik ne dépendent que des valeurs à l'équilibre et sont liés par les relations de réciprocité d'Onsager-Casimir[7]Modèle:,[8]Modèle:,[9], liées au comportement des quantités conservatives par inversion du temps. Dans une telle opération la quantité Xi se transforme en ϵiXi|ϵi|=1 est la signature de la variable. En écrivant les relations reliant les diverses valeurs pour une petite variation de celles-ci on montre que[13] :

Lki=ϵiϵkLik

Un exemple : l'écoulement d'un fluide

Affinités

Dans le cas de l'écoulement uniforme d'un fluide en équilibre les variables conservatives sont :

  • ni : le nombre de particules d'espèce i par unité de volume, de masse mi ;
  • 𝐏=ρ𝐕 : la quantité de mouvement, où ρ est la masse volumique ρ=inimi et V la vitesse ;
  • E=U+ρV22 : l'énergie totale, U étant l'énergie interne par unité de volume.

Pour un déplacement de l'équilibre la différentielle de l'énergie totale par unité de volume est[14]Modèle:,[15] :

dE=TdS+iμidni+𝐕d𝐏

μi est le potentiel chimique. Pour un gaz monoatomique, il est donné par (kB est la constante de Boltzmann et h la constante de Planck) :

μi=kBTlogni32kBTlog(2πmkBTh2)12mV2

Cette équation peut s'écrire :

dS=1TdEiμiTdni𝐕Td𝐏
1T,μiT,𝐕T sont les affinités associées à E,ni,𝐏, respectivement.

Définition de la diffusion

On définit la vitesse d'ensemble barycentrique par :

𝐕=inin𝐕i,n=ini

et les flux de diffusion 𝐉iD par :

𝐉i=ni𝐕+𝐉iD

La signification de cette définition est évidente lorsqu'on fait apparaître la vitesse de diffusion définie par 𝐉iD=ni𝐕iD. La vitesse d'ensemble de l'espèce i est 𝐕+𝐕iD. De cette définition il résulte que la somme des flux de diffusion est nulle :

i𝐉iD=0

Le terme source d'entropie et les flux

Le terme source d'entropie défini plus haut s'écrit :

σS=𝐉E(1T)i𝐉i(μiT)

En utilisant

la relation de Gibbs-Helmholtz (μiT)=1Tμi|T+hi(1T) où hi est l'enthalpie
la relation de Gibbs-Duhem iniμi|T=0

le terme source d'entropie devient :

σS=𝐉Q(1T)i𝐉iD(μiT)

𝐉Q=𝐉Enh𝐕 est le flux de chaleur,
h=1ninihi est l'enthalpie totale.

Le second membre de l'expression est complexe et ne permet pas de faire apparaître l'affinité du mélange. On va se placer dans le cas d'un mélange binaire[N 2]Modèle:,[13] pour lequel :

𝐉D=𝐉1D=𝐉2D,μ=μ1μ2

L'expression ci-dessus se simplifie alors :

σS=𝐉Q(1T)𝐉D(μT)[0.6em]=(𝐉Qμ𝐉D)(1T)1T𝐉Dμ

Le système s'écrira, compte tenu du fait qu'il ne peut exister de couplage entre E ou ni et V :

𝐉D=L11(1T)L121Tμ[0.6em]𝐉Qμ𝐉D=L21(1T)L221Tμ

On voit qu'une affinité produit un flux de toutes les quantités ayant la même dimension, y compris de celles qui ne correspondent pas aux quantités conjuguées.

Par renversement du temps E et μi sont inchangés. Les valeurs des signatures seront donc les suivantes :

ϵE=ϵni=1

d'où la relation :

L21=L12

La conduction

En éliminant le terme correspondant à l'affinité il vient :

𝐉Q=(μ+L22L12)𝐉DL11(L22L121)(1T)

En l'absence de diffusion on reconnait la loi de Fourier avec une conductivité égale à

λ=L11T2(L22L121)

La diffusion

Le gradient d'affinité peut s'écrire :

μ=μT|cT+μc|Tc, c=n1n

En reportant cette expression dans celle des flux ci-dessus on obtient :

𝐉D=nD(c+kTTT)[0.6em]𝐉Q=(μ+kTμT|cTTμc|T)λT

avec

D=L12nTμc|T coefficient de diffusion binaire,
kT=Tn(L12TμT|c+L11T2) coefficient de Soret. On utilise également le coefficient de diffusion thermique DT=kTD.

Le flux de chaleur contient un terme lié au gradient de concentration : c'est l'effet Dufour. Le flux de diffusion contient un terme lié au gradient de température : c'est l'effet Soret.

Notes et références

Notes

Modèle:Références

Références

Bibliographie

Articles connexes

Modèle:Portail
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