Polynôme de Tchebychev

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En mathématiques, un polynôme de Tchebychev est un terme de l'une des deux suites de polynômes orthogonaux particulières reliées à la formule de Moivre. Les polynômes de Tchebychev sont nommés ainsi en l'honneur du mathématicien russe Pafnouti Lvovitch Tchebychev.

Il existe deux suites de polynômes de Tchebychev, l'une nommée polynômes de Tchebychev de première espèce et notée Modèle:Mvar et l'autre nommée polynômes de Tchebychev de seconde espèce et notée Modèle:Mvar (dans les deux cas, l'entier naturel Modèle:Mvar correspond au degré).

Ces deux suites peuvent être définies par la relation de récurrence :

nPn+2=2XPn+1Pn

et les deux premiers termes :

T0=1,T1=X pour la suite T et
U0=1,U1=2X pour la suite U.

Chacune est une suite de polynômes orthogonaux par rapport à un produit scalaire de fonctions, associé à la fonction poids w(x)=(1x2)1/2 sur Modèle:Math. Ces polynômes constituent un cas particulier des polynômes ultrasphériques[1].

Une définition alternative de ces polynômes peut être donnée par les relations trigonométriques :

Tn(cosθ)=cos(nθ),soit :Tn(x)=cos(narccosx)etUn(cosθ)=sin((n+1)θ)sinθ,

ce qui revient, par exemple, à considérer Modèle:Math comme le développement de Modèle:Math sous forme de polynôme en Modèle:Math.

Contrairement à d'autres familles de polynômes orthogonaux, tels ceux de Legendre, d'Hermite ou de Laguerre, les polynômes de Tchebychev n'ont pratiquement pas d'application directe en physique. En revanche, ils sont particulièrement utiles en analyse numérique pour l'interpolation polynomiale de fonctions. En premier lieu, en ce qui concerne le choix des points d'interpolation, comme les zéros de Modèle:Math ou abscisses de Tchebychev, en vue de limiter le phénomène de Runge. Également, ils constituent une base alternative de polynômes par rapport à la base canonique Modèle:Mvar de [X] des polynômes de Lagrange, ce qui permet d'améliorer sensiblement la convergence[1]. Ils sont notamment utilisés pour le calcul des éphémérides astrononomiques[2]

Polynômes de Tchebychev de première espèce

Modèle:Ancre Il existe plusieurs possibilités pour définir cette famille de polynômes. La plus simple est par la relation de récurrence, qui permet de générer rapidement l'expression des différents polynômes. Toutefois, une telle définition ne permet guère d'établir les propriétés générales de ces polynômes, en premier lieu leur orthogonalité, aussi une autre définition, à partir des propriétés des fonctions trigonométriques, doit être envisagée.

Définition par la relation de récurrence

Fichier:Chebyshev Polynomials of the 1st Kind (n=0-5, x=(-1,1)).svg
Courbes représentatives des premiers polynômes de Tchebychev de première espèce sur le domaine Modèle:Nobr : La fonction constante T0 et T1, T2, T3, T4 et T5.

La définition classique des polynômes de Tchebychev de première espèce est le plus souvent donnée par la relation de récurrence suivante :

Tn+1=2XTnTn1,  n1, avec T0=1 et T1=X.

Par récurrence, Modèle:Mvar est un polynôme de degré n.

Les premiers polynômes de Tchebychev de première espèce sont :

T0=1
T1=X
T2=2X21
T3=4X33X
T4=8X48X2+1
T5=16X520X3+5X
T6=32X648X4+18X21
T7=64X7112X5+56X37X
T8=128X8256X6+160X432X2+1
T9=256X9576X7+432X5120X3+9X.

Définition trigonométrique

On démontre que pour tout entier naturel Modèle:Mvar,

θcos(nθ)=Tn(cosθ),

ce qui peut servir de définition alternative des polynômes Modèle:Mvar, vus comme fonctions polynomiales définies sur l'intervalle réel Modèle:Math.

L'une des démonstrations[N 1] se fait par récurrence d'ordre 2, à l'aide de l'identité trigonométrique de Simpson suivante :

cos(a+b)+cos(ab)=2cosacosb.

Le caractère orthogonal des polynômes Modèle:Mvar découle alors directement de celui des fonctions Modèle:Math. Plus précisément, cette formule de Simpson montre de plus que les polynômes Modèle:Mvar sont orthogonaux par rapport à la fonction poids w(x)=(1x2)12. En effet, pour deux entiers naturels Modèle:Math et Modèle:Math et avec le changement de variable Modèle:Math, il vient

0πcos(nθ)cos(pθ)dθ=1+1Tn(x)Tp(x)(1x2)1/2dx

Puis, à l'aide de la formule de Simpson :

1+1Tn(x)Tp(x)(1x2)1/2dx=0πcos((n+p)θ)+cos((np)θ)2dθ={0si npπsi n=p=0π/2si n=p0.

Équation différentielle

Pour tout Modèle:Mvar, la fonction θcos(nθ)=Tn(cosθ) est solution de l'équation différentielle linéaire homogène d'ordre 2 à coefficients constants[N 2] :

y+n2y=0.

Par suite, les polynômes de Tchebychev sont solutions de l'équation différentielle formelle[N 3] :

(1X2)T'nXT'n+n2Tn=0.

Celle-ci peut aussi se mettre sous la forme d'une équation différentielle de Sturm-Liouville[N 4] :

ddx((1x2)12dTndx)+n2(1x2)12Tn=0.

Autres propriétés

Modèle:Ancre

Modèle:Retrait

Cette propriété se démontre aisément en considérant la forme trigonométrique de Modèle:Mvar, le cas Modèle:Math correspondant à θ = 0. On a aussi Modèle:Retrait qui découle de la symétrie Modèle:Retrait

Modèle:Retrait

Fichier:Chebyshev.png
Les premiers polynômes de Tchebychev de première espèce sur le domaine −1¼ < x < 1¼, −1¼ < y < 1¼; la fonction constante Modèle:Math, et Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math et Modèle:Math.

Polynômes de Tchebychev de seconde espèce

Modèle:Ancre

Définition par récurrence

Fichier:Chebyshev Polynomials of the Second Kind.svg
Les premiers polynômes de Tchebychev de seconde espèce sur le domaine −1 < x < 1, −4 < y < 5.

Les polynômes de seconde espèce Modèle:Mvar peuvent se définir par la même relation de récurrence que ceux de première espèce, avec des premiers termes différents :

Un+1=2XUnUn1,  n1 avec U0=1 et U1=2X.

Par récurrence, Modèle:Mvar est un polynôme de degré Modèle:Mvar.

Les premiers polynômes de Tchebychev de seconde espèce sont :

U0=1
U1=2X
U2=4X21
U3=8X34X
U4=16X412X2+1
U5=32X532X3+6X
U6=64X680X4+24X21
U7=128X7192X5+80X38X
U8=256X8448X6+240X440X2+1
U9=512X91024X7+672X5160X3+10X.

Définition trigonométrique

De la même façon que pour ceux de première espèce, les polynômes Modèle:Mvar peuvent se définir alternativement par la forme trigonométrique de leur fonction polynomiale associée sur Modèle:Math. On montre en effet[N 3] que pour tout Modèle:Mvar :

θπsin((n+1)θ)sinθ=Un(cosθ).

Là encore, le caractère orthogonal des polynômes Modèle:Mvar découle directement de celui des fonctions sinnθ. Plus précisément, comme 2sinasinb=cos(ab)cos(a+b) :

0πUp(cosθ)Un(cosθ)sin2(θ)dθ=0πsin((p+1)θ)sin((n+1)θ)dθ=0 si pn.

En exprimant cette intégrale en fonction de la variable Modèle:Math, on en déduit que les polynômes Modèle:Mvar sont orthogonaux par rapport à la fonction poids w(x)=(1x2)1/2 :

1+1Un(x)Up(x)(1x2)1/2dx=0 si pn.

Équation différentielle

Pour tout Modèle:Mvar, la fonction θsin(nθ)=Un1(cosθ)sinθ est solution de l'équation différentielle linéaire homogène d'ordre 2 à coefficients constants[N 2] :

y+n2y=0.

Par suite, les polynômes de Tchebychev de seconde espèce sont solutions de l'équation différentielle formelle :

(1X2)Un3XUn+n(n+2)Un=0.

Autres propriétés

Modèle:Ancre

ek(n+1)=coskπn+1,k{1,,n}.
Fichier:Chebyshev2.png
Les premiers polynômes de Tchebychev de seconde espèce sur le domaine −1¼ < x < 1¼, −1¼ < y < 1¼; la fonction constante Modèle:Math, et Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math, Modèle:Math et Modèle:Math.

Quelques relations avec d'autres fonctions spéciales

Historique

Tchebychev a découvert ces familles en travaillant sur le problème de convergence des interpolations de Lagrange. On peut démontrer qu'en choisissant les racines des polynômes de Tchebychev comme points d'interpolation, on minimise les écarts (cf. phénomène de Runge). Dans ce contexte, les Modèle:Math indiqués ci-dessus, éventuellement ajustés à un autre intervalle d'interpolation Modèle:Math (par une transformation affine Modèle:Math), sont appelés les abscisses de Tchebychev.

En effet, on peut montrer que l'erreur entre la fonction interpolée et le polynôme d'interpolation aux points Modèle:Math sur Modèle:Math s'exprime en

maxx[a,b]|(xx0)(xxn)|f(n+1),[a,b](n+1)!.

L'idée fut donc de minimiser L=maxx[a,b]|(xx0)(xxn)| pour Modèle:Mvar points donnés. Tchebychev montra que dans le cas où l'intervalle est Modèle:Math et la répartition des points est symétrique, le polynôme optimal prend les valeurs –L et +L alternativement et n + 1 fois exactement (on dit que le polynôme présente une alternance de Tchebychev[3]). C'est cette propriété qui permet de déduire que les abscisses de Tchebychev sont les meilleurs points d'interpolation pour minimiser les oscillations du polynôme d'interpolation et donc obtenir la meilleure convergence possible.

Applications

Les polynômes de Tchebychev permettent de démontrer le théorème de Weierstrass selon lequel toute fonction continue sur un segment est limite uniforme d'une suite de fonctions polynomiales.

Ils sont également impliqués dans le calcul de filtres en électronique analogique, les filtres de Tchebychev.

Enfin, ils permettent une explication théorique de l'efficacité supérieure de la transformée en cosinus discrète dans le cadre de l'interpolation d'un signal numérique échantillonné, par rapport à d'autres méthodes comme le « zéro-padding + filtrage passe-bande ».

Autres types de polynômes de Tchebychev

Dans la continuité des travaux de Tchebychev, d'autres familles de polynômes ont été définies comme des polynômes du type de Tchebychev, dans le sens où elles apparaissent également dans l'approximation numérique de fonctions.

Vn(cosθ)=cos((n+12)θ)cosθ2,
  • les polynômes de Tchebychev du quatrième type vérifient[4]
Wn(cosθ)=sin((n+12)θ)sinθ2=Dn(θ),

Modèle:Mvar est le noyau de Dirichlet.

  • les polynômes de Tchebychev du cinquième type vérifient[6]
W~n(cosθ)=2πn(n+1)(sinnθ2sinθ2)2=2πn+1Fn(θ),

Modèle:Mvar est le noyau de Fejér.

Les cinq familles de polynômes vérifient toutes la même relation de récurrence pn(x)=2xpn1(x)pn2(x) avec p0(x)=1, seul le terme p1(x) diffère, étant égal respectivement à x, 2x, 2x1, Modèle:Nowrap et Modèle:Nowrap

Notes et références

Notes

Modèle:Références

Références

Modèle:Références

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Modèle:Portail

  1. 1,0 et 1,1 Cf. par exemple Modèle:En George B. Arfken, Mathematical Methods for Physicists, Modèle:3e éd., Academic Press, 1985 Modèle:ISBN, § 13.3 et § 13.4.
  2. Cf. par exemple Bureau des longitudes, Introduction aux éphémérides astronomiques, EDP Sciences, 1997 Modèle:ISBN, Modèle:P. et s.
  3. Modèle:Ouvrage.
  4. 4,0 et 4,1 Modèle:Article
  5. Modèle:Article
  6. Modèle:Article


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